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Koni Häne

Jurastrasse 19
8966 Oberwil-Lieli

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Article(s)

Auteur(s): Koni Häne (auteur externe)
Rédaction: WSL, Suisse
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Le mélèze (Larix decidua)

Le mélèze d’Europe est une des douze espèces de mélèzes de par le monde et il appartient à la famille des Pinacées. Le mélèze est présent dans diverses chaînes de montagnes en Europe mais il est aussi planté dans des forêts de production en dehors de son aire de répartition naturelle. Le mélèze forme 5% du matériel sur pied dans les forêts suisses.

Origine, habitat et nom

Nadellose Lärche im Winter
Fig.1 - Mélèzes à l’état hivernal.
Photo: Walter Schönenberger
 

Des mélèzes poussaient déjà il y a 60 millions d’années sur terre. Des trouvailles fossiles prouvent d’ailleurs qu’ils se sont répandus de Sibérie vers l’Europe il y a environ un million d’années. L’aire de répartition naturelle actuelle du mélèze d’Europe est l’espace alpin, les Sudètes, les Carpates/Tatra, ainsi que le sud-est de la Pologne (Fig. 2).

En Suisse, environ 75% des mélèzes poussent au-dessus de 1400 m, avant tout en Valais, dans les vallées alpines du Tessin, ainsi que dans les Grisons, où le mélèze est présent tout particulièrement en Engadine, dans le Poschiavo et le Münstertal (carte). En octobre et novembre, les mélèzes jaune-doré marquent le paysage jusqu’à une altitude de 2400 m.

Le nom Lärche (mélèze en allemand) est dérivé de Larix. Les gaulois appelaient ainsi cet arbre étrange, qui se mue d’un vert frais estival en un jaune-doré en automne, pour se retrouver complètement nu peu de temps après. En allemand, son nom est issu du vieil allemand "Laihta", "Larihha» ou "Lericha", lequel évolua ensuite vers "Larche" ou "Lerche" en moyen allemand pour donner finalement "Lärche", le "ä" permettant de le distinguer de l’oiseau homonyme "Lerche" (passereau en français).

Selon différentes sources, Larix signifie "goudron extrait du bois" (résine de mélèze). Le forestier bernois Karl Kasthofer mentionne, en 1828, le corps de métier des résineurs, aussi désignés comme «Larcher» ou "Lörtscher" en allemand. Ce dernier est un nom de famille répandu en Valais. Des lieux-dits comme "Laret", "Larschi", "Larzey" ainsi que "Lötsch" indiquent la présence de mélèzes. En ce sens, le Lötschental est la vallée des mélèzes (Fig. 3). Le nom d’espèce decidua (=caduc) indique que, contrairement à toutes les autres essences résineuses indigènes, cette essence perd ses aiguilles en automne.

 
Verbreitung der Europäischen Lärche
Fig.2 - Répartition du mélèze d’Europe. Source: Euforgen. Cliquer pour agrandir.
 

Morphologie et âge

Lötschental
Fig. 3 - Le lieu-dit "Lötsch" évoque la présence de mélèzes. Le Lötschental en Valais est donc la vallée des mélèzes.
Photo: Joujou / pixelio.de

Le mélèze est une essence à caractère héliophile prononcé et dont la morphologie est très variable. En tant qu’essence pionnière, il s’adapte facilement aux conditions stationelles qu’il rencontre. Cet arbre au feuillage caduc a souvent un fût droit et une couronne conique en jeunesse, devenant plus large et aplatie avec l’âge. Le mélèze d’Europe peut atteindre 54 m de hauteur et un âge de plus de 1000 ans. Chez le mélèze de l’Ouest (Larix occidentalis), originaire d’Amérique du Nord, des hauteurs allant jusqu’à 90 m ont été mesurées.

Aiguilles, cônes et écorce

Au printemps, 20 à 40 touffes d’aiguilles tendres d’abord vert clair et devenant plus foncées par la suite, arrangées en rosaces, poussent à partir des bourgeons bosselés situés sur les pousses brun rougeâtre. Sur le même rameau et en même temps que le débourrement des aiguilles, éclosent les fleurs femelles pourpres, puis, un peu plus tard, les fleurs mâles rouge-jaune (Fig.4). Le mélèze est par conséquent une essence monoïque, c.à.d. une essence où les fleurs mâles et femelles se trouvent sur le même arbre mais où les inflorescences se développent séparément.

Les cônes ovoïdes, longs de 3 à 4 cm, sont d’abord de couleur brun clair puis deviennent gris. Ils restent sur l’arbre pendant plusieurs années encore après la chute des petites graines brun clair, brillantes, ovoïde-triangulaire. Les aiguilles se colorent en jaune doré après le premier gel en automne et tombent peu après. L’écorce du mélèze est lisse, gris-vert à grise. Avec l’âge, elle devient rouge à gris-brun et forme un rhytidome profondément crevassé.

Importance sylvicole et écologique

Du point de vue sylvicole, le mélèze d’Europe est une essence précieuse. Il est très apprécié pour sa résistance au gel, au bris de neige, aux tempêtes ainsi que pour son bois durable et facile à travailler. Grâce à ses racines vigoureuses et à son enracinement profond, le mélèze consolide, surtout en montagne, les sols sujets à l’érosion et il est un élément important dans les forêts de protection dans les Alpes.

Comme la plupart des arbres, le mélèze vit en symbiose avec des champignons. Un exemple connu est le bolet élégant (Suillus grevillei), apprécié comme champignon comestible. Les graines grasses du mélèze sont une source de nourriture pour de nombreux oiseaux. Le mélèze a une signification spéciale dans le Jura et les vallées alpines; l’association des forêts et des pâturages, appelée pâturages boisés, permet au bétail de se nourrir d’herbes abondantes poussant sous les couronnes clairsemées des mélèzes (Fig. 5). Il n’y aurait par contre guère d’herbes sous les houppiers denses d’épicéas avec leurs aiguilles persistantes. Enfin, la chute annuelle des aiguilles de mélèzes en automne forme une couche d’humus très précieuse.

     
Zapfen und Blüte der Lärche Lärchen-Weidewald  
Fig. 4 - Rameau de mélèze avec cône et fleur femelle.
Photo: Walter Schönenbeger
Fig. 5 - Peuplement pur de mélèzes exploité comme pâturage boisé.
Photo: Thomas Reich (WSL)
 
     

Utilisation

Fürstenhaus in Ernen
Fig. 6 - L’on trouve encore aujourd’hui, en Valais, de nombreuses maisons, mazots et étables en mélèze. Ils ont souvent plusieurs centaines d’années comme, par exemple, la maison princière à Ernen illustrée ci-dessus et âgée de plus de 300 ans. Cliquer pour agrandir.
Photo: Koni Häne

Grâce aux bonnes propriétés techniques de son bois, le mélèze est considéré légitimement comme le "chêne parmi les résineux". Le bois de mélèze, durable et lourd, trouve des applications dans le bâtiment, la construction de ponts, la construction navale ainsi que dans le génie hydraulique (sous l’eau le bois devient dur comme de la pierre). Il est aussi très apprécié pour la confection de tavillons. En aménagement intérieur, le bois de cœur brun-rouge dépourvu de nœuds est utilisé pour la fabrication de meubles, de portes et de fenêtres.

Les "ennemis" du mélèze

L’insecte probablement le plus connu lié au mélèze est la tordeuse du mélèze, un lépidoptère gris d’une taille d’à peine 2 cm. Ses chenilles, gris vert à brunes ou noires minent les aiguilles selon un cycle de 7 à 9 ans, provoquant une coloration brune de la couronne des arbres. Les aiguilles, qui semblent avoir été brûlées, tombent et des peuplements entiers de mélèzes sont ainsi dépouillés d’aiguilles dès l’été. Les arbres débourrent une seconde fois durant l’été mais restent néanmoins passablement clairsemés. La perte d’accroissement qui en découle se reflète dans la formation d’un cerne sensiblement plus étroit (plus de détails à ce sujet).

Il existe d’autres insectes nuisibles comme la Callidie du mélèze, le Grand scolyte du mélèze ainsi que le Thrips du mélèze. Le chancre du mélèze est une maladie fréquente provoquée par le champignon Lachnellula willkommii. Un autre "ennemi" étonnant du mélèze est l’écureuil, qui n’est pas si anodin qu’il y paraît. Il est en effet souvent responsable du dépérissement de peuplements entiers de mélèzes, âgés de 10 à 20 ans, dont il ronge le cambium (tissu assurant la croissance), afin d’atteindre la sève pour la lécher.

Mythologie et utilisations thérapeutiques

Goldgelbe Lärchen im  Herbst
Lärchenzweig
Fig. 7 - Mélèzes jaune-doré en automne.
Photos: Thomas Reich, Ulrich Wasem (tous deux du WSL).
 
Lärche auf Briefmarke
Fig. 8 - Mélèze de Sibérie (Larix sibirica). Photo: Koni Häne

Très tôt déjà, le mélèze était utilisé dans les cultes en raison de ses forces protectrices. Dans l’Antiquité, il était considéré comme arbre sacré, peut-être aussi parce que Plinius (1er siècle av. J-C) était déjà convaincu que le mélèze est ignifuge et qu’il ne peut "ni brûler, ni se carboniser et qu’il se comporte face au feu comme une pierre".

Certains lieux étaient et sont toujours connus pour avoir abrité des "mélèzes sacrés". C’est le cas, par exemple, de Nauders (Tyrol), le lieu de pèlerinage Maria Larch dans le Gnadenwald vers Innsbruck, ainsi que d’un mélèze solitaire vers S-chanf en Engadine. Ce dernier, considéré comme objet païen, a cependant dû être abattu sur ordre du clergé réformiste.

Beaucoup de contes et d’histoires citent le mélèze comme un arbre suave, sous lequel des fées des bois bien intentionnées à l’égard des humains se donnent rendez-vous. Ces bonnes fées ou "dames blanches" aident les promeneurs perdus et les pauvres ou les nécessiteux.

Divers cultes païens ont également été conservés jusque dans les temps modernes. Dans certaines régions de l’est de l’Allemagne, des rameaux de mélèzes étaient suspendus aux portes et fenêtres afin de chasser les mauvais esprits dans la nuit de Walpurgis (30 avril).

Selon la région, dans la nuit du 1er mai ou du lundi de Pentecôte, un jeune mélèze (appelé "Lärchentannle") était posé sur le toit des filles "faciles" ou infréquentables. Ces filles entraient dans l’histoire du village comme étant "g’lärchelt" ("mélèzées" en français).

Des propriétés curatives diverses sont attribuées au mélèze. La plus connue est la térébenthine, connue aussi sous le nom de "térébenthine de Venise". Le baume issu de la résine extraite du mélèze contient jusqu’à 20 % d’huile essentielle et plus de 50 % d’acides résiniques. Elle est censée aider à soigner la goutte, les lumbagos, les rhumatismes, les névralgies, les refroidissements, les problèmes d’irrigation sanguine et les infections.

Référence
  • Die häufigsten Waldbäume der Schweiz (U.B. Brändli)
  • Unsere einheimischen Nutzhölzer (Paul Guggenbühl)
  • Die Lärche (Christian Küchli)
  • Baumgeschichten (Ph. Domont)
  • Die Lärche; ein intimes Baumportrait (Robert Schloeth)
  • Baumriesen der Schweiz (Michel Brunner)

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