La coronelle lisse est un serpent très discret. Elle aime se déplacer protégée par les herbes sèches, les buissons et les pierres. Ses biotopes favoris sont les zones de transition entre les prairies et pâturages secs et les haies et lisières de forêts. Elle y trouve ses proies, surtout des lézards et des orvets. Mais ce serpent inoffensif apprécie aussi les éboulis et les rochers des forêts voisines. Protéger les prairies et les pâturages secs ne suffit donc pas à sauvegarder son habitat.

Il en va de même d’autres reptiles et de nombreux papillons dont la survie dépend des paysages semi-ouverts. Ces espèces passent une partie de leur existence dans les prairies et pâturages et une autre dans les forêts ensoleillées et dans les zones de transition. En Suisse, à part dans les régions montagneuses, elles sont donc confrontées à un problème de taille: le changement de mode d’exploitation des forêts y a en effet réduit à néant les taillis, les futaies et les pâturages boisés.

Des espèces rares de papillons se multiplient

Le projet du Randen, dans le canton de Schaffhouse, inverse la tendance. Ici, le débroussaillement des prairies et les éclaircies pratiquées dans la forêt redonnent leur chance à de nombreux papillons, comme la piéride de l’aubépine et l’argus vert. En Suisse, le premier vit dans les terrains cultivés semi-ouverts de régions sèches et ensoleillées, composés de prairies riches en fleurs, de haies et de plantations d’arbres clairsemées; on trouve le second dans des zones de buissons qui bordent les prairies ou les forêts. Tous deux sont devenus très rares en dehors des Alpes. À en croire certains signes, les populations du Randen vont se refaire une santé et se multiplier.

La commune de Merishausen (SH) participe au projet. Dès le début, en 1991–1992, le garde forestier communal, Hanspeter Schudel, s’est occupé avec son équipe de la surface de la Stofflenhalde: "L’entretien de ce terrain de près de quatre hectares est enrichissant. Contribuer à la préservation de la biodiversité nous sort de notre routine; nous le faisons volontiers, même si les pentes caillouteuses rendent le travail fatigant."

Hanspeter Schudel a constaté que tout le groupe a été sensibilisé à la question de la préservation ciblée des espèces. Les parcelles sont fauchées mécaniquement, d’une fois par an à une fois tous les quatre ans, selon la stratégie d’entretien définie par le service forestier de l’arrondissement. Une convention avec le canton, conclue pour dix ans, règle notamment la rémunération de ces prestations. "Le projet est une réussite, nous n’avons pas de déficit", souligne Hanspeter Schudel, qui dit apprécier la régularité de ces versements. " Et la beauté de la région n’attire pas seulement les papillons, mais aussi les randonneurs! "

Le Rophaien: une double exploitation, agricole et forestière

Josef Gisler, de la ferme Oberaxen, à Flüelen (UR), a gardé l’habitude de grimper sur le Rophaien, à 2078 mètres d’altitude. À la fin de l’été, il va y chercher du foin sauvage, à la limite de la forêt et plus haut, entre les rochers. Il fauche de quoi faire passer l’hiver à son bétail: de petites surfaces dans les années prolifiques, de plus grandes quand la saison a été sèche, comme en 2003.

Josef Gisler se rappelle le temps où tous les paysans de Flüelen récoltaient foin et paille au Rophaien. "Aujourd’hui, cela n’en vaut presque plus la peine, mais j’aime y aller. Par habitude et tradition, mais aussi parce que le foin sauvage donne un bon fourrage." Le paysan fauche aussi la pinède par endroits, créant ainsi un paysage vraisemblablement unique en Suisse. " Autrefois, on fauchait les forêts surtout pour avoir de la paille. On laissait l’herbe fauchée mêlée de laîche et de molinie bleue prendre plusieurs fois la pluie avant de l’amener à l’écurie. Si elle avait été séchée immédiatement après la fauche, les bêtes l’auraient mangée ", se souvient-il.

Le canton d’Uri prévoit d’instaurer une réserve au Rophaien. Le but est de conserver non seulement les associations forestières qui se succèdent du lac d'Uri à la limite de la forêt, mais aussi la tradition de la double exploitation forestière et agricole. Les pâturages boisés des régions d’estivage sont une autre forme de combinaison de sylviculture et d’agriculture. "Nous aimerions conserver les deux types d’exploitation", déclare le garde forestier cantonal, Beat Annen. "Nous nous fondons pour cela sur les priorités de protection de la nature et du paysage définies dans le Plan directeur forestier."

De quelle surface boisée ont besoin les prairies et pâturages secs?

Une étude récente a estimé à 9000 hectares l’étendue des forêts qui contribuent à la protection des 23 000 hectares de prairies et pâturages secs d’importance nationale. Ces 9000 hectares se composent de:

  • 1500 hectares de forêt ou de forêt ouverte sur des prairies et pâturages secs (pâturages boisés compris)
  • 5000 hectares de lisière de forêt, soit 1500 km
  • 2500 hectares destinés à la protection des espèces

L’investissement ciblé des moyens disponibles dans les surfaces boisées qui entourent les prairies et pâturages secs profitera aux nombreuses espèces menacées qui vivent dans les paysages semi-ouverts.
 

Les pâturages boisés, un archétype des paysages semi-ouverts

Les pâturages boisés où les arbres ne couvrent pas plus de la moitié de la surface totale sont recensés dans le cadre du projet "Prairies et pâturages secs de Suisse (PPS)". Une analyse des données actuelles montre que ces pâturages atteignent sur au moins 300 hectares la norme de qualité définie dans l’inventaire PPS. Ils se trouvent pour la plupart dans le Jura neuchâtelois et vaudois, dans les Grisons, dans les Alpes valaisannes et au Tessin. La menace qui pèse sur les pâturages boisés provient de la spécialisation de l’exploitation: elle engendre d’un côté des pâtures intensives, sans surfaces boisées, et de l’autre des parcelles totalement abandonnées à la forêt, consacrant ainsi la disparition de nombreuses espèces.