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Auteur(s): Sébastien Petit, Hugues Claessens, Gauthier Ligot (Forêt Wallonne)
Rédaction: WSL, Suisse
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Quel type de peuplement pour un renouvellement naturel du douglas?

Les seuils d’apparition de la régénération sont atteints facilement avec le douglas. Pour autant, seules certaines caractéristiques dendrométriques sont à même de favoriser son développement. Quelles sont les caractéristiques d’un peuplement de douglas qui favoriseraient au mieux son renouvellement naturel?

Longueur de la pousse terminale
Fig. 1 - La longueur de la pousse terminale est un bon indicateur de la lumière disponible en sous-étage chez les résineux. 

Le tempérament du douglas, qui peut être qualifié d’héliophile supportant un léger ombrage dans le jeune âge, semble adéquat pour mener à bien le renouvellement naturel des peuplements. Son caractère héliophile doit toutefois être pris en compte afin d’apporter suffisamment d’éclairement aux semis (figure 1). Les bonnes fructifications sont fréquentes et ont lieu à intervalles relativement courts, soit 4 à 7 ans. L’âge optimal de fructification est assez précoce, environ 40 ans.

En outre, les dimensions ou l’âge d’exploitabilité du douglas peuvent aisément être élargis, sans risque majeur de dépréciation des grumes par une pourriture ou de déstabilisation. L’apparition et la gestion de la régénération ne peuvent donc qu’en être favorisées. Quelques peuplements situés en Wallonie, en France ou en Allemagne constituent de belles vitrines de la réussite de la régénération naturelle de cette essence. Le renouvellement naturel des peuplements de douglas semble donc très prometteur.

Sources de données

Les données utilisées pour cette étude proviennent de deux sources. La première est l’Inventaire Permanent des Ressources Forestières de Wallonie (IPRFW). Celui-ci permet de déterminer les valeurs maximales ou minimales des principales caractéristiques des peuplements en régénération à l’échelle de la Wallonie. Il a l’avantage d’être systématique et représentatif de la situation en forêt wallonne. Le second jeu de données vient d’un échantillonnage dirigé qui s’est attaché à décrire les conditions de bonne régénération dans quarante douglasaies sélectionnées après enquête auprès des gestionnaires publics et privés wallons. Il permet une caractérisation plus précise de la régénération (densité, hauteur, …) et des conditions dendrométriques et stationnelles associées.

Des seuils d’apparition atteints facilement

Répartition du douglas
Fig. 2 - Répartition des observations de présence de régénération par classe d’âge (A), de nombre de tiges par hectare (B) et de surface terrière (C) (source des données: H. Lecomte, SPW, DNF, IPRFW, 2008). Cliquer pour agrandir.
 

Afin de caractériser les conditions d’apparition de la régénération naturelle de douglas, nous avons sélectionné les placettes de l’IPRFW avec présence d’au moins un douglas parmi l’étage dominant et dont l’âge du peuplement est supérieur ou égal à 37 ans (âge minimum d’apparition de la régénération d’après les relevés de l’IPRFW).

L’examen des données montre que la proportion de peuplements avec présence de régénération naturelle de douglas (semis ou perches de moins de 40 cm de circonférence) augmente avec l’âge des peuplements mères (figure 2A) et diminue avec le nombre de tiges par hectare (figure 2B). Ces deux variables sont bien entendu liées, le nombre de tiges diminuant au fur et à mesure des éclaircies et donc du vieillissement des peuplements. Par ailleurs, plus l’âge est avancé, plus il devient probable d’observer différents stades de régénération, depuis les jeunes semis jusqu’au bas ou au haut perchis. En revanche, aucune tendance linéaire nette n’est observée concernant la surface terrière (figure 2C).

Pour près des trois quarts des peuplements comportant de la régénération naturelle, la surface terrière du peuplement mère est comprise entre 20 et 39 m2/ha. Le maximum observé est de 62 m2/ha dans un peuplement où les semis ne dépassent pas 30 cm de hauteur. L’amplitude de variation de la surface terrière dans ces peuplements souligne bien la difficulté de déterminer un seuil correspondant à l’apparition de la régénération naturelle. En outre, le nombre de tiges du peuplement mère ne dépasse pas 350 par hectare pour 80 % des observations et le maximum observé est de 673 tiges par hectare. À partir de 50 ans, au moins 20 % des peuplements situés en Wallonie voient se développer de la régénération. Cette proportion s’élève à 50 % pour les plus vieux peuplements (plus de 80 ans).

Ces données caractérisent des peuplements matures dans lesquels une régénération est installée et, dans certains cas, atteint des stades de développement avancés, depuis des semis de moins de 30 cm de hauteur jusqu’à des perches de plus de 20 cm de circonférence et plusieurs mètres de hauteur. Il faut toutefois les considérer avec prudence. En effet, des conditions locales dues à la situation du peuplement ou à ses caractéristiques peuvent apporter des conditions de lumière favorables au développement des semis. Ainsi, l’effet d’une surface terrière ou d’une densité élevée peut être compensé par une hauteur dominante importante ou par la proximité d’une lisière qui permet au sous-bois d’être suffisamment éclairé.

Caractérisation de la croissance en hauteur de la régénération

Une phase de mesures spécifiques a aussi été menée afin de caractériser la croissance en hauteur des semis de douglas. Les mesures relatives aux peuplements mères ont été relevées sur des placettes de dix ares. Afin d’obtenir des conditions contrastées, deux placettes de mesures ont été disposées: l’une à l’endroit où la régénération était la plus développée et l’autre où elle l’était le moins. Les mesures relatives à la régénération ont été prises au sein de quatre quadrats d’un mètre carré chacun. La hauteur totale ainsi que la longueur de la dernière pousse terminale des trois plus grands semis ont été mesurées dans chacun des quadrats.

Qu’en est-il de la génétique ?

On reproche souvent à la régénération naturelle de ne pas profiter des progrès de l’amélioration génétique. La régénération naturelle ne devrait bien évidemment être menée que sur des peuplements de bonne qualité phénotypique et idéalement génétique. En effet, les caractères de conformation (finesse des branches, tendance à fourcher, rectitude de la tige,…) ont une héritabilité assez élevée.

La régénération naturelle permet toutefois de créer de nouvelles combinaisons génétiques potentiellement intéressantes et qui seront soumises à la sélection naturelle notamment par rapport aux variations climatiques (tolérance aux épisodes de sécheresse) et artificielle. Qui plus est, elle pourrait permettre de maintenir des patrimoines génétiques intéressants qui n’ont pas encore été reconnus en tant que tels.

Le gestionnaire doutant de la qualité de ses semenciers peut toujours recourir à la régénération naturelle assistée qui consiste à introduire des plants de bonne origine au sein de la régénération. De cette manière, il profite des progrès de la sélection, élargit la base génétique de son futur peuplement et réalise une économie à la plantation.

Des accroissements dépendant surtout de la hauteur initiale de la régénération, mais pas uniquement

Longueur de la pousse terminale (graphique)
Fig. 3 - Longueur de la pousse terminale des semis dominants en fonction de la hauteur initiale de régénération (A), du nombre de tiges à l’hectare du peuplement qui les abrite (B) et de la surface terrière locale du peuplement (C). Cliquer pour agrandir.
 

L’étude montre que la longueur de la pousse terminale, qui est un bon indicateur des conditions de croissance pour les résineux, est avant tout dépendante de la hauteur de la régénération. En effet, plus un semis est grand, plus il a la capacité de réaliser de grands accroissements en hauteur (figure 3A).

Cette relation n’est toutefois pas linéaire car l’accroissement en hauteur n’est pas infini. Des arbres adultes, au meilleur de leur croissance, ne pourront pas dépasser un certain seuil d’accroissement. D’autres facteurs, par exemple l’adéquation de l’essence à la station, jouent également un rôle. Dans le cas particulier de la régénération naturelle, le peuplement dominant influence grandement la croissance des semis. Ainsi, la surface terrière et le nombre de tiges par hectare ont un rôle prépondérant sur le développement de la régénération (figures 3B et 3C). On peut constater que plus le peuplement est dense, plus la pousse terminale de la régénération est courte.

Toutefois, d’autres facteurs entrent également en ligne de compte. Par exemple, la quantité de lumière parvenant aux semis est primordiale. Celle-ci est indirectement prise en compte car il existe une bonne relation entre la surface terrière et la quantité de lumière arrivant au sous-bois. Enfin, il est probable que de nombreux autres facteurs expliquent également la variabilité des accroissements: la compétition racinaire, la richesse minérale du sol et les apports en eau, l’âge des semis ou encore la variabilité génétique.

Conclusion

Cette étude a mis en évidence le développement aisé des semis lorsqu’ils sont mis en lumière, légèrement ou fortement. Ceci ouvre la voie au renouvellement des peuplements sous le couvert, qui peut soit mener vers une futaie irrégulière, soit perpétuer une futaie régulière par la technique des coupes progressives. Partout en Europe, des techniques de régénération se mettent doucement en place et commencent à se formaliser depuis une décennie. 


  • Cette contribution a été réalisée en collaboration avec Forêt Wallonne.

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Contact

  • Sébastien Petit
  • Forêt Wallonne asbl
    Rue Nanon, 98
    B-5000 Namur
  • Belgique
  • E-mail: s.petit @ foretwallonne.be

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