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Auteur(s): Peter Bachmann (auteur externe)
Rédaction: WSL, Suisse
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La planification forestière en Suisse

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Figure 1 - Carte des peuplements d’une zone forestière de la commune de Lussy (FR): un instrument au service de la planification forestière.

En 1990 environ, l’évolution des exigences envers les forêts et la situation financière précaire des exploitations forestières ont entraîné la mise au point d’un nouveau concept de planification forestière en Suisse. Cette dernière comprend deux niveaux distincts: une planification applicable par les pouvoirs publics et une autre applicable par les propriétaires forestiers. Des conventions de prestations, des projets ou des contrats sont les éléments matériels reliant ces deux niveaux de planification.

Quel est l’objet de la planification forestière? Cette question a plusieurs réponses. La planification forestière répond à des mobiles particuliers, selon le contexte et l’époque. Plus l’application de ces mobiles est longue, plus les divergences entre les motifs des autorités forestières nationales et ceux des propriétaires sont marquées. La planification est un élément incontournable de chaque mission d’exécution. Les principes que les grandes entreprises ou les institutions appliquent naturellement doivent être respectés par tous les intervenants. L’efficacité des mesures nécessite obligatoirement des objectifs et des mécanismes de contrôle.

Un nouveau concept de planification à deux niveaux

À la fin des années 80, les conditions générales de la planification forestière suisse ont évolué. D’une part, nous avons assisté à une véritable «écologisation» de l’exploitation des forêts, notamment à la suite des débats relatifs aux effets de la pollution atmosphérique sur ces écosystèmes. D’autre part, la modification des exigences de la société envers les forêts et la viabilité économique toujours plus précaire des exploitations forestières ont donné plus d’importance aux considérations socio-économiques. En outre, les événements de la scène internationale (Conférence de Rio en 1992, Processus d’Helsinki à partir de 1993), la prise de conscience que les fonctions de la forêt ne se limitent pas aux aspects forestiers et que l’évaluation des différentes exigences envers cet écosystème doit tenir compte de l’influence d’autres facteurs, ont changé la donne.

Ces modifications ont abouti à la mise au point d’un nouveau concept de planification à deux niveaux de la foresterie suisse. Ce concept combine divers éléments: réflexions sur le système, expériences des politiques suisses d’aménagement du territoire, discussions sur la planification des fonctions de la forêt et gestion des écosystèmes aux États-Unis. Le nouveau concept de planification se distingue par la démarcation nette (voir figure 2) entre les autorités compétentes et les propriétaires, ainsi que par la coordination de la planification par les autorités via l’aménagement du territoire et tout particulièrement le plan directeur cantonal. Dans les faits, ce concept se traduit par l’abandon de la planification économique des exploitations forestières, qui était jusqu’alors fortement empreinte d’une certaine souveraineté de la part des autorités. La planification forestière doit être l’affaire exclusive des propriétaires et la mise en œuvre des directives des pouvoirs publics doit être régie par des conventions de prestations, des projets ou éventuellement par des autorisations de coupe.

Nouveau concept de planification à deux niveaux et liens entre ces niveaux
Figure 2 - Nouveau concept de planification à deux niveaux et liens entre ces niveaux.
 

Aujourd’hui, la planification forestière suisse n’a plus grand-chose à voir avec l’aménagement forestier classique (ce qui justifierait l’abandon de ce terme). L’inventaire des réserves de bois, la définition du volume de coupe admis et le contrôle de l’utilisation du bois, garantissant le niveau de production de bois des exploitations, ne sont plus prioritaires. La planification du développement forestier préserve les intérêts publics pour les forêts, alors que les intérêts privés sont protégés à l’aide d’une gestion stratégique adaptée dans les exploitations. L’idée plutôt rétrograde, fondée sur le respect du volume de coupe admis, a été remplacée par les techniques modernes de planification orientées vers l’avenir. Les processus de gestion (définition des objectifs, décision et contrôle de l’exécution à l’aide de vérifications intégrées) occupent une position centrale.

Planification normative:
Quel est le motif de notre action?

Planification stratégique:
Nos mesures sont-elles adaptées?

Planification opérationnelle:
Nos mesures sont-elles appliquées correctement?

A) Planification des pouvoirs publics

Véritable instrument de gestion du service des forêts, le plan de développement forestier (WEP) permet de préserver les intérêts publics pour les forêts. Il définit les objectifs de l’entretien de ces écosystèmes, les méthodes et les conditions générales d’exploitation des forêts, ainsi que l’ampleur des contrôles de leur pérennité. Résultat de la planification du développement forestier en collaboration avec le public, il s’appuie sur une période à moyen et long terme et s’applique à toutes les forêts comprises dans une zone définie, quelles que soient les limites des propriétés.

Selon une étude publiée fin 2003, les plans de développement forestier sont en vigueur pour environ 18% de la surface des forêts suisses. D’autres éléments indiquent que les plans sont également à l’étude et en préparation (respectivement 42% et 19% de la superficie des forêts). Même si l’entrée en vigueur de tels plans pour l’ensemble de la superficie doit encore durer plusieurs années, le résultat obtenu jusqu’à présent doit être considéré comme un succès. Pour connaître la même réussite à l’avenir, il convient néanmoins d’améliorer certains aspects de la planification du développement forestier.

B) Planification des exploitations forestières

La planification classique des exploitations, plus orientée vers la police des forêts et fortement influencée par les autorités forestières, est de plus en plus souvent complétée ou remplacée par des techniques modernes de gestion des organisations. La planification stratégique à moyen terme occupe une position majeure. Elle se fonde sur la planification normative, qui, jusqu’à présent, a souvent fait défaut (notamment pour les modèles ou la définition des objectifs des propriétaires) et la planification opérationnelle, axée sur le court terme. L’objectif principal d’une planification stratégique consiste à répondre à la question suivante: nos mesures sont-elles adaptées? Il convient effectivement de garantir la réussite afin que la gestion de l’exploitation forestière soit, à l’avenir, couronnée de succès.

Un avenir incertain

Depuis l’apparition de hautes écoles spécialisées, la planification forestière (précédemment appelée aménagement forestier) est devenue une discipline majeure de la foresterie. La suppression de la formation classique d’ingénieur forestier de l’EPF de Zurich a également entraîné une insuffisance en matière de planification forestière. Actuellement, on ignore comment cette spécialité va continuer à exister. Il est probable que la planification forestière aura plus de poids à la haute école spécialisée qu'à l'EPF et que l’extension de la planification à l’ensemble des écosystèmes ne soit plus prépondérante.


  • Traduction : Frédéric Magnant, Carpe Sensum

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  • Peter Bachmann Prof. em. ETH
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    e-mail: peter.bachmann @ emeritus.ethz.ch