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Auteur(s): Jean-Philippe Mayland (CEFOR), Pascal Junod (arrondissement forestier de Boudry)
Rédaction: WSL, Suisse
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Bien conduit, le merisier étonnera toujours

La culture orientée sur la qualité supérieure des billes de feuillus précieux ne s’improvise pas. Elle requiert une attention particulière et ciblée qui doit s’étendre sur pratiquement tout le cycle de production.

Merisiers et agroforesterie
Fig. 1 - Merisiers âgés de 13 ans, en association avec des noyers plantés en 2010 (avec les protections) et du maïs: un exemple d’agroforesterie dynamique.
Photo: Pascal Junod
 
Corrélation entre la largeur de la couronne et le diamètre à hauteur de poitrine
Fig. 2 - Corrélation entre la largeur de la couronne et le diamètre à hauteur de poitrine (dhp). Graphique tiré de la documentation distribuée par Heinrich Spiecker. Cliquer pour agrandir.

Après la découverte des noyers et des fruitiers à bois de Suisse orientale, les membres de la CPP - Culture et Promotion des bois Précieux se sont rendus à Fribourg-en-Brisgau pour observer des cultures de merisier à bois d’âges différents.

Le cours entamé le 29 septembre 2010 par une quinzaine de membres de la CPP s’est poursuivi le lendemain en Allemagne voisine, dans la région de Fribourg-en-Brisgau, toujours sur le thème des essences de bois précieux, des moyens et des méthodes utilisés pour leur culture.

Grâce à Heinrich Spiecker, professeur à l’université de Fribourg-en-Brisgau, et à la prévoyance de ses prédécesseurs, il nous est permis d’observer des cultures de merisier à différents stades de développement compris entre 13 et 90 ans. Chacune des surfaces d’essai a bénéficié de dégagements des houppiers très intensifs, voire précoces, ce qui présente le maître atout pour une production dynamique de bois de grande qualité.

Heinrich Spiecker présente, de façon particulièrement didactique, trois séries de placettes avec du merisier à divers stades d’évolution. La première visite nous conduit à celle de Schönberg, près de Sankt-Georgen. Cette placette est âgée d’environ 90 ans. Nous y admirons des merisiers majestueux, dotés de puissants houppiers et de longs fûts rectilignes, malheureusement pas exempts de nœuds noirs (Fig. 3).

Houppier et diamètre: une corrélation claire

Le potentiel de cette essence est ainsi clairement situé. La placette de Schönberg montre qu’à la suite d’une mise en lumière des houppiers, même tardive, souvent en raison du dépérissement des sapins dans les années 1947 à 1952 et 1973 à 1979, les merisiers ont pu se développer pour atteindre des hauteurs totales de 30 m et des diamètres de plus de 60 cm pour les plus imposants. Les houppiers verts constituent encore la moitié de la hauteur totale et leur amplitude se reflète clairement dans l’accroissement et l’épaisseur des fûts. Pour des sujets systématiquement dégagés et mis en lumière, on peut sans autre postuler un accroissement annuel moyen de 1 cm sur le diamètre et l’émergence d’une bille de pied de 70 cm en 80 ans (voir encadré ci-dessous).

Règle de détourage (encadré)    

Une deuxième placette plus jeune (1975-1979), à Gündlingen, dans la plaine du Rhin à l’ouest du Kaiserstuhl, permet de comparer deux essais. L’un est basé sur l’introduction de plants de 2 ans (hauteur 1,2 à 1,5 m) de provenances plus ou moins assurées à écartement de 2 × 2 m; l’autre fait appel à la régénération naturelle, y compris par drageons, après coupe rase de chablis.

Dans la plantation, on a dégagé les houppiers des merisiers tout en leur laissant un certain gainage par le truchement du peuplement de bourrage. En raison du nombre important de sujets plantés, la concurrence intraspécifique est assez importante chez le merisier. Cela implique de fréquents passages, tous les trois ans au minimum. Actuellement, les arbres de place sont clairement désignés et élagués sur 6 m au moins, mais ils semblent encore concurrencés par d’autres essences comme le frêne ou le charme, très vigoureux sur cette station au sol assez perméable. Par chance, les produits des éclaircies successives peuvent être aisément écoulés auprès d’affouagistes de la région. Les diamètres atteints en 31 à 35 ans se situent entre 25 et 26,4 cm selon la provenance des plants. On atteint ainsi un accroissement en diamètre de 0,75 à 0,8 cm/an, cela sur une station qui n’est pas optimale pour le merisier. Ici aussi, la relation entre le volume du houppier et l’accroissement en diamètre est significative (Fig. 2).

Elaguer pour prévenir la pourriture

Merisier issu de rajeunissement naturel
Fig. 3 - Extraordinaire merisier issu de rajeunissement naturel à Schönberg. Agé d’environ 90 ans, son dhp en 2007 est de 61,5 cm et la largeur de la couronne atteint 13,8 m.
Photo: Pascal Junod
 
Heinrich Spiecker & Jean-Philippe Mayland
Fig. 4 - Ce merisier, vigoureux et de qualité supérieure (40 cm de diamètre en 30 ans), est une source de bonheur pour ces deux sylviculteurs, Heinrich Spiecker et Jean-Philippe Mayland (à dr.).
Photo: Pascal Junod

Le professeur Spiecker démontre encore combien il est important, pour le merisier, d’éviter la formation de branches mortes dans la mesure où elles ouvrent une voie d’infection aux champignons. En principe, la pourriture qui menace tant le merisier ne s’étend que dans le duramen mort et non dans l’aubier! C’est donc là une raison de plus d’élaguer préventivement les branches basses de la bille de pied et d’éviter que des branches maîtresses ne sèchent dans le houppier. On retiendra que les arbres de place destinés à la production de qualités supérieures exigent un espace vital suffisant durant tout leur cycle de développement et on évitera ainsi l’apparition de branches mortes préjudiciables à la qualité.

Dans la seconde placette située à proximité, les merisiers se sont introduits naturellement, soit par semis, soit par drageons, entre les lignes de chênes rouges d’Amérique plantés en 1979. Ils ont néanmoins été favorisés, si bien que l’on dispose actuellement de 23 sujets (46 arbres/ha) dont la croissance peut être comparée à celle des sujets plantés. Force est de constater qu’ils poussent encore mieux puisqu’ils atteignent un diamètre moyen de 31,9 cm pour une hauteur totale de plus de 23 m. Certains champions dépassent même 40 cm en 30 ans, soit un accroissement annuel en diamètre de 1,2 cm environ (Fig. 3).

Nouvelle piste en agroforesterie

La dernière visite concerne une surface sise à Breisach, également dans la plaine du Rhin. Ici, une surface de nature agricole a été reboisée en 1997 avec un nombre très restreint de merisiers sélectionnés (15 × 1,5 m, soit 445 tiges /ha). Cette plantation a été partiellement complétée avec d’autres essences comme le frêne, le chêne pédonculé, l’érable sycomore ou le charme. Ces essais visent une réduction massive des frais d’investissement, éventuellement un entretien et une récolte mécanisés de toute végétation spontanée entre les lignes, sans pour autant perdre de vue la production de bois de qualité.

Les merisiers d’élite actuellement encore en place (136 sur 2,5 ha) ont été élagués en enlevant systématiquement les branches charpentières les plus vigoureuses, même si elles se trouvaient dans la partie supérieure du houppier. Il en ressort que tout élagage réduit l’accroissement en diamètre, mais n’influence pas la pousse en hauteur. La méthode visant à sectionner les grosses branches sur toute la longueur semble prometteuse dans le contexte d’une production de bois de qualité.

Une autre parcelle d’essai, établie en 2005, sert à déterminer les avantages d’une agroforesterie combinant des rangées distantes de 15 m plantées de merisiers avec une culture intercalaire de maïs traitée selon le mode usuel avec des engrais et des herbicides (voir Fig. 1).

Cette dernière vision, extrême pour l’œil d’un forestier traditionnel, n’en présente pas moins une nouvelle piste. On comprendra dans quelle mesure des arbres presque isolés peuvent néanmoins atteindre une qualité supérieure si on les élague de la bonne façon!

Un défi pour forestiers

En conclusion, nous comprenons que la culture orientée sur la qualité supérieure des billes de feuillus précieux ne s’improvise pas. Elle requiert une attention particulière et ciblée qui doit s’étendre sur pratiquement tout le cycle de production. Il faut bichonner individuellement les sujets d’élite et éviter qu’ils ne soient comprimés ou gênés d’aucune façon. Cela présuppose une sylviculture fine axée sur l’arbre individuel que l’on ne saurait mettre en œuvre sur toutes les surfaces et stations. Cela restera une cerise sur le gâteau de notre activité forestière, un domaine privilégié permettant au sylviculteur de se faire plaisir et de se perfectionner. D’autre part, notre activité de gestionnaire forestier nécessite régulièrement des sujets ou autres réalisations emblématiques qui frappent l’imagination. Cela rehausse notre image et suscite une fierté professionnelle bien justifiée qui stimule à son tour notre activité en forêt.

Les clés du succès

Règles simples de mise en œuvre pour faire de la culture des bois précieux un succès:

1. Définir le diamètre à hauteur de poitrine que l’on veut obtenir à la récolte.
2. En déduire le nombre d’arbres de place à désigner (selon règle de détourage).
3. Déterminer la hauteur d’élagage des billes de pied.
4. Intervenir régulièrement afin qu’aucune branche du houppier ne meure. La partie non élaguée de l’arbre doit        rester vivante.

Cette contribution a été réalisée en collaboration avec le périodique La Forêt. La Forêt

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Contact

  • Jean-Philippe Mayland
    Président
    CPP-Culture et Promotion des bois Précieux
    c/o CEFOR–Lyss
    A l'att. de Mme Cécile Krumm
    CP 252
    3250 Lyss
    Tél : 032 387 49 11
    krumm @ cefor.ch
    www.cpp-apw.ch

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