URL: https://www.waldwissen.net/waldwirtschaft/schaden/pilze_nematoden/wsl_merkblatt_eschentriebsterben/index_FR
Originalartikel: Rigling, D.; Hilfiker, S.; Schöbel, C.; Meier, F.; Engesser, R.; Scheidegger, C.; Stofer, S.; Senn-Irlet, B.; Queloz, V. (2016): Le dépérissement des pousses du frêne. Biologie, symptômes et recommandations pour la gestion. Not. prat. 57: 8 p.
Autor(en): Daniel Rigling et al.
Online-Version: verändert, Stand: 07.11.2016
Redaktion: WSL, CH

Le dépérissement des pousses du frêne

Biologie, symptômes et recommandations pour la gestion

Le dépérissement des pousses du frêne s’est répandu à une vitesse foudroyante au cours des dernières années et menace le frêne en Europe. L’institut de recherches WSL a résumé dans une Notice pour le praticien les principales informations au sujet de cette maladie fongique introduite. Ce document comporte également des recommandations concrètes sur les mesures à prendre.

stark verlichtete Eschenkronen
Fig. 1 - Frênes atteints par la chalarose. Les couronnes indiquent une forte transparence en raison du dessèchement des pousses et des branches. Cliquer pour agrandir.
Photo: Andrin Gross
 
 

Le dépérissement des pousses du frêne est causé par Hymenoscyphus fraxineus, un champignon originaire d’Asie orientale. Dans cette zone, H. fraxineus infeste les feuilles d’espèces de frênes indigènes tout en restant inoffensif. Probablement que ce parasite a été introduit en Europe avec des plants de frêne.

Les spores du champignon infectent en été les feuilles de frêne, le pathogène se dirige vers les pousses où se développent des nécroses de l’écorce typiques, de couleur brun-olive à orange, qui provoquent le dépérissement des pousses (fig. 1).

Les premiers symptômes évidents de maladie ont été observés en Pologne au début des années 1990. L’agent infectieux s’est ensuite répandu au rythme d’une épidémie dans l’aire de répartition naturelle du frêne commun (Fraxinus excelsior; fig. 2). En Suisse, la chalarose du frêne s’est manifestée en premier dans les cantons de Bâle et Soleure en 2008. Puis, en peu d’années, le champignon a colonisé tout le Nord des Alpes, atteignant également les vallées intérieures des Alpes aux Grisons et en Valais (fig. 3). Depuis 2013, la maladie est observée également au Sud des Alpes, où elle se propage aussi rapidement.

A l’heure actuelle, il n’existe aucune mesure efficace pour lutter contre le dépérissement des pousses du frêne, et l’existence même de cette importante essence est menacée.

 
Verbreitungsgebiet der Gemeinen Esche
Fig. 2 - En bleu: aire de répartition naturelle du frêne commun (© EUFORGEN). L’année de la première apparition du dépérissement des pousses du frêne est indiquée pour chaque pays. La première observation de la maladie a été faite en Pologne en 1992.
 
Ausbreitung des Eschentriebsterbens in der Schweiz
Fig. 3 - Progression de la chalarose du frêne en Suisse.
 

Table des matières

Biologie de l’agent pathogène

L’agent pathogène du dépérissement des pousses du frêne, Hymenoscyphus fraxineus (synonyme: H. pseudoalbidus) fait partie des ascomycètes (champignons à asques). Ce pathogène inconnu jusqu’ici a été décrit en tant que nouveau champignon en 2010 grâce à des analyses de génétique moléculaire. H. fraxineus est un proche parent d‘Hymenoscyphus albidus, indigène en Europe.

Ce champignon saprophyte colonise les feuilles de frênes tombées au sol et ne cause pas de dégâts. Les deux espèces forment en été des fructifications blanches, en forme de coupe, sur les pétioles des feuilles de l’année précédente. Les fructifications des deux espèces sont pratiquement identiques. Elles mesurent plusieurs millimètres de long, et sont facilement visibles à l’oeil nu (fig. 4).

Dans les frênaies européennes infestées, ce sont aujourd’hui les fructifications d’H. fraxineus qui dominent, alors que celles d’H. albidus ne se rencontrent plus que très rarement. La forme asexuée (conidies) appartenant à H. fraxineus (forme sexuée principale) s’appellent Chalara fraxinea. Il est possible de confirmer sa présence par cultivation sur milieu à base d’agar-agar ou sur des débris de feuilles. Les spores asexuées (conidies) jouent uniquement le rôle de spermaties lors de la reproduction sexuée, sans toutefois être elles-mêmes infectieuses.

 
Fruchtkörper von Hymenoscyphus fraxineus
Fig. 4 - Dans la fane, H. fraxineus produit de nombreuses fructifications blanches d’environ 3 à 8 mm sur les pétioles de feuilles tombées au sol.
Photo: Valentin Queloz (WSL)
 

Arbres hôtes

En Europe et en Suisse, le frêne commun (Fraxinus excelsior) et dans le Sud le frêne à feuilles étroites (F. angustifolia) font partie des principaux arbres-hôtes d’H. fraxineus. Le frêne à fleurs (F. ornus), présent surtout dans l’espace méditerranéen oriental ainsi qu’au Tessin, semble peu sensible à la maladie.

Parmi les espèces sensibles, non seulement les jeunes arbres, mais aussi ceux de tous âges sont touchés par la maladie. La pression infectieuse est particulièrement élevée dans les stations humides, car l’humidité favorise la formation des spores et augmente les chances d’infections par le champignon, notamment à la base du tronc. Dans de nombreux peuplements de frênes, on trouve toutefois encore des frênes qui ne présentent aucun symptôme de maladie, ou des symptômes très réduits. Ces observations permettent d’estimer que grâce à leur bagage génétique, 1 à 5 % des frênes sont peu sensibles voir résistants à la maladie.

Cycle de la maladie

Vous trouverez une description complète du cycle d’H. fraxineus illustré ci-dessous (figure 5) dans la Notice pour le praticien (PDF).

 
Cycle de la maladie causée par H. fraxineus
Fig. 5 - Cycle de la maladie causée par H. fraxineus.
 

Symptômes de la maladie

Comme H. fraxineus peut infecter le frêne de différentes manières, les symptômes sont eux aussi très variables. L’infection par des ascospores sur les feuilles se reconnait aux petites taches brunes marquant le lieu de pénétration des spores germées (fig. 6, à gauche). Ces taches s’agrandissent pour devenir des colorations foliaires étendues et atteindre le pétiole.

Si le champignon poursuit sa croissance par le pétiole dans les rameaux, l’écorce se dessèche à l’endroit infecté et se colore en brun-orange (fig. 6, au centre). Il apparaît des nécroses de l’écorce typiques, qui peuvent progresser jusqu‘au tronc. Le lieu de pénétration du champignon dans le tronc se reconnaît à la présence d’un rameau latéral desséché au centre de la nécrose.

Lorsque tout le tour du tronc ou du rameau est nécrosé, l’alimentation en eau de la partie située au-dessus est coupée et les feuilles flétrissent et sèchent. De couleur brun-noir, elles restent souvent attachées aux branches jusqu’à l’automne. (fig. 6, à droite). De cette façon, des attaques par H. fraxineus qui se répètent chaque année conduisent rapidement au dépérissement complet de la plante, notamment des jeunes frênes.

 
Symptome des Eschentriebsterbens
Fig. 6 - Symptômes du dépérissement des pousses du frênes : Les spores de H. fraxineus infectent les feuilles de frênes et y provoquent des taches foliaires (à gauche); le champignon a pénétré dans la tige principale à partir d’une branche latérale et y cause une nécrose de l’écorce de couleur brun-orange (auch centre); frêne infecté montrant des symptômes de flétrissement (à droite). Cliquer pour agrandir.
Photos: Daniel Rigling und Roland Engesser (WSL)
 

Les arbres matures dépérissent plus lentement. Le houppier s’éclaircit au rythme des rameaux qui sèchent (fig. 7, à gauche). En outre, la structure de la couronne se modifie, car le frêne tente de compenser la perte de rameaux par la formation de pousses secondaires et de gourmands. Ces nouveaux rameaux proviennent de bourgeons dormants situés sous la nécrose et conduisent à une couronne buissonnante.

L’infection d‘un frêne à partir de la base du tronc se manifeste extérieurement par la présence d’une nécrose de l’écorce allongée et incurvée (fig. 7, au centre). Si l’on coupe un rameau ou un tronc à l’endroit de la nécrose, il apparaît des colorations (gris-brun) du bois qui s’étendent parfois jusqu’à la moelle (fig. 7, à droite). Les colorations du bois sont en général nettement plus étendues que l’aspect extérieur de l’écorce nécrosée pourrait le laisser supposer. Les colorations situées à la base du tronc restent confinées au pied de l’arbre et ne progressent que rarement à plus d’un mètre de hauteur.

Il n’existe pas de lien entre les nécroses du collet et celles qui touchent la couronne. La majeure partie de la zone intermédiaire du tronc reste donc saine.

 
Symptome des Eschentriebsterbens
Fig. 7 - Symptômes du dépérissement des pousses du frênes : La perte de rameaux est en partie compensée par des gourmands (à gauche); nécrose du collet en forme de flamme au pied de l’arbre (au centre); colorations au niveau d’une nécrose du collet (à droite). Cliquer pour agrandir.
Photos: Corine Schöbel, Daniel Rigling und Valentin Queloz (WSL)
 

Organismes pathogènes secondaires

Bunter Eschenbastkäfer
Fig. 8 - L’hylésine du frêne est un ravageur secondaire fréquent chez le frêne.
Photo:Beat Wermelinger (WSL)
 

Les nécroses du collet offrent un espace favorable à des organismes pathogènes secondaires, qui accélèrent ainsi le dépérissement d’arbres déjà touchés. Sous l’écorce desséchée, il est fréquent d’observer une couche blanche de mycélium d’armillaire après l’infection initiale d’H. fraxineus.

Les frênes fortement endommagés ou secs sont également utilisés en tant qu’arbres de ponte par des insectes, notamment par l’hylésine du frêne (Leperisinus
varius
; fig. 8). Les coléoptères et les larves forent des galeries entre l’écorce et le bois, marquant distinctement l’aubier.

Recommandations pour la gestion

Comme il n’existe à l‘heure actuelle aucune méthode pratique avérée pour lutter contre le dépérissement des pousses du frêne, il n’est pas possible de freiner sa propagation. Les spores de l’agent infectieux se développant dans la litière des frênes, il est en effet impossible d’éliminer l’ensemble du matériel infecté à l’échelle d’une région. D’autre part, l’utilisation de produits phytosanitaires ne serait ni opportune ni autorisée en milieu forestier.

Il est donc d’autant plus important, dans la situation actuelle, de conserver et favoriser les frênes qui n’indiquent pas ou peu de symptômes visibles de l‘extérieur. Ils sont possiblement peu sensibles ou résistants à la maladie et pourraient transmettre cette propriété à leurs descendants. La démarche suivante est recommandée dans les peuplements infectés (fig. 9):

 
Diagramme d’aide à la décision
Fig. 9 - Diagramme d’aide à la décision concernant la marche à suivre dans des peuplements de frênes infectés. © CPP-APW. Cliquer pour agrandir.
 

Télécharger

Commander

Liens externes

Mehr auf waldwissen.net