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Auteur(s): Jean-François Germain (Anses, LSV CBGP), Bernard Boutte (MAAF, Département de la santé des forêts DGAL), Thomas Boivin (INRA), Alain Chalon (INRA)
Rédaction: INRA, France
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La cochenille des aiguilles : un nouveau parasite du cèdre de l'Atlas

Le Département de la Santé des forêts, à travers son réseau de  correspondants-observateurs, assure la veille sanitaire sur le sud-est de la France, ce qui lui a permis de détecter une nouvelle cochenille qui jusqu’alors n’avait été repérée qu’au Maroc et en Espagne.

Historique

branche aiguilles cèdre
Fig. 1. Dynaspidiotus regnieri sur les aiguilles de cèdre de l’Atlas (Vaucluse, 2012)
Photo : A. Chalon, INRA Avignon

Au début de l’année 2012, dans le cadre de la veille sanitaire effectuée par le Département de la santé des forêts, le technicien du Centre régional de la propriété forestière (CRPF) et correspondant-observateur de la santé des forêts dans le département des Hautes-Alpes a détecté des cochenilles sur des aiguilles de cèdre de l’Atlas (fig. 1) dans un peuplement d’une quarantaine d’années sur la commune d’Antonaves (Hautes-Alpes).

L’envoi d’échantillons à l’ANSES, laboratoire de la santé des végétaux, a permis d’identifier Dynaspidiotus regnieri (Hemiptera : Diaspididae), une diaspine jusqu’alors inconnue en France. Des prospections ultérieures effectuées en 2012 ont permis de mettre en évidence des foyers dans le Ventoux et le Luberon (Vaucluse) et dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Le genre Cedrus dans les forêts françaises

Le genre Cedrus Trew appartient à la famille des Pinaceae et se caractérise par des aiguilles persistantes insérées en spirales. Il comprend quatre espèces :

  • le cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica). Il est originaire des montagnes d’Afrique du Nord (Maroc et Algérie). En France, il a été introduit avec succès en forêt, dès le milieu du XIXe siècle, dans le Ventoux, le Luberon et les Corbières (massif du Rialsesse). Suite à son implantation progressive dans le Sud-Est de la France et dans d’autres régions favorables (Rhône- Alpes, Midi-Pyrénées, Aquitaine...), la surface actuelle du cèdre de l’Atlas est estimée à plus de 20 000 ha en France ;
  • le cèdre du Liban (Cedrus libani). Il est originaire du Moyen-Orient, il est abondant en Turquie, mais aussi présent au Liban et en Syrie. En France, on le trouve essentiellement dans les parcs. En forêt, suite à la canicule-sécheresse de 2003, des plantations comparatives ont mis en évidence un intérêt certain de provenances turques de l’Est du massif du Taurus sur les sols calcaires à sécheresse marquée ;
  • le cèdre de Chypre (Cedrus brevifolia). Il est originaire et endémique de Chypre, il est uniquement utilisé en culture ornementale (parcs et jardins) ;
  • le cèdre de l’Himalaya (Cedrus deodara). Cette espèce, originaire de l’Ouest de l’Himalaya, est essentiellement utilisée en culture ornementale (parcs et jardins).

Les cochenilles se développant sur le cèdre

Une vingtaine d’espèces de cochenilles sont citées sur Cedrus au niveau mondial.

Deux Coccidae polyphages : Ceroplastes rusci (Linaneus) et Coccus hesperidum Linnaeus, deux Pseudococcidae : Pseudococcus longispinus très commune et polyphage et Phenacoccus arambourgi seulement présente au Liban et inféodée à Cedrus libani.

En France, C. rusci, C. hesperidum et P. longispinus sont des cochenilles polyphages assez communes qui ne représentent un danger que très ponctuellement. Les seize autres espèces appartiennent à la famille des Diaspididae, dont seules cinq espèces sont présentes en France : Carulapsis minima, Fio ronia japonica Kuwana, Hemiberlesia lataniae, Lepidosaphes newsteadi et Leucaspis pusilla.

D. regnieri est donc la neuvième espèce de cochenille en France qui peut se développer sur Cedrus.

Une autre cochenille est également à connaître et à surveiller : Chionaspis kabyliensis. Elle pourrait également être présente en France comme elle l’est en Espagne. Il ne doit pas y avoir de confusion possible entre les deux espèces. C. kabylineis ressemble par sa forme à une cochenille virgule. Le bouclier est allongé et étroit, convexe et surtout l’exuvie larvaire d’un jaune doré est rejetée vers l’avant alors que chez D. regnieri, il est central. La femelle vivante sous le bouclier est rouge grenat et ne présente pas la sclérification si particulière de D. regnieri avec l’invagination du pygidium.

Dynaspidiotus regnieri

Origine
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Fig. 2 : Carte de localisation des signalements de présence de Dynaspidiotus
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en région PACA. Année 2012 : étoile rose. Année 2013 : étoile jaune

 

D. regnieri a été décrite sur Cedrus atlantica dans la cédraie d’Azrou au Maroc en 1926. Jusqu’à ce jour, sa distribution se limitait à trois pays : au Maroc, en Algérie où elle a été trouvée en 1927 à Chréa, atlas de Blida et en Espagne, détectée en 1983 dans des jardins en Ségovie, où elle peut co-exister avec Chionaspis kabyliensis et Coccus sp. (probablement C. hesperidum).

Risque potentiel

A ce jour, cette cochenille est rapportée comme un ravageur du cèdre uniquement en Espagne. Dans les jardins où elle a été détectée, elle a pu entraîner la mortalité de quelques cèdres, contrairement aux deux autres cochenilles C. kabyliensis et Coccus sp., qui n’avaient jamais causé de tels dégâts.

Nous ne disposons d’aucune information quant à la situation actuelle au Maghreb. Dans les années cinquante, Balachowsky écrivait que l’espèce était présente dans tous les peuplements en Algérie et au Maroc, mais toujours en faible abondance, alors que C. kabyliensis présentait généralement des colonies importantes.

En France, la formation des observateurs du Département de la Santé des Forêts de l’inter-région Sud-Est sur la détection de cette nouvelle cochenille en 2012, a permis de faire un état des lieux des infestations de D. regnieri. Pour l’instant, elle n’a été signalée qu’en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) (fig. 2).

La lecture de cette carte suggère que D. regnieri est distribuée selon deux pôles : un premier pôle dans le Vaucluse (le Ventoux et le Luberon, massifs d’introduction du cèdre en France au XIXe siècle) et un second pôle dans les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence.

Dans ce dernier secteur, la distribution des observations de part et d’autre de l’autoroute A51, suggère une expansion locale de cette cochenille d’origine anthropique, à partir de cet axe routier (transport routier et de matériel forestier, véhicules de tourisme…). Les grands peuplements de cèdre de l’Atlas infestés dans le Vaucluse pourraient en être la source. Une dispersion passive des jeunes stades larvaires par le mistral, un vent régional dominant d’orientation nord-ouest/sud-est, pourrait également expliquer le confinement actuel des populations de D. regnieri en région PACA et son absence en Languedoc-Roussillon, qui représente près de la moitié de la surface des cédraies françaises (près de 10 000 ha).

Conclusion

Cette espèce était présente depuis quelques années dans le Luberon et le Ventoux, mais elle était restée inaperçue des forestiers. Des conditions particulières de pullulation ont favorisé sa détection à plus large échelle en 2012.

En 2013, le retour sur quelques sites dans les Alpes-de-Haute-Provence indique un niveau de population très faible. Les récoltes de cochenilles analysées au laboratoire sont fortement attaquées par des parasitoïdes (au moins 90 % des femelles observées). Un ectoparasite a été observé sur 3 à 6 % des femelles dans la région de Ségovie. Les femelles récoltées dans le sud de la France sont attaquées par un endoparasite non encore identifié.

Vu le manque de données scientifiques sur l’agressivité de cette espèce et son impact phytosanitaire sur le cèdre, la surveillance des sites actuellement infestés et une veille sanitaire dans les peuplements sains sont préconisées pour mieux appréhender l’évolution de sa répartition en France. Une surveillance du matériel forestier en circulation (coupes, jeunes plants de cèdre en pépinières…) pourrait être également envisagée pour préciser l’influence potentielle des activités humaines dans l’expansion de D. regnieri en et hors région PACA.

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Contact 

  • Jean-François GERMAIN
    Anses, Laboratoire de la Santé des Végétaux
    Unité entomologie et plantes invasives CBGP
    Campus international de Baillarguet
    CS30016 FR 34988 Montferrier-sur-Lez
    Tél. +33 46 702 25 68
    e-mail : jean-francois.germain(at)anses.fr

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