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Auteur(s): Gregor Lutz (Energie-bois Suisse)
Rédaction: WSL, Suisse
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L’énergie du bois en Suisse: Evolution, situation et potentiel

Pendant des millénaires, le bois a été la seule source d’énergie utilisée activement par l’être humain. Depuis la révolution industrielle, les énergies fossiles ainsi que l’électricité ont joué un rôle de plus en plus important. La discussion actuelle portant sur les problèmes globaux d’environnement et la pénurie des ressources ramène de plus en plus sous les feux des projecteurs les énergies nationales, renouvelables et neutres au plan du CO2 telles que le bois. Actuellement, l’énergie du bois est, après l’énergie hydraulique, la deuxième source d’énergie nationale et son importance ira croissant avec le temps.

Evolution de la consommation de l’énergie

Holzenergie
Fig. 1 - L’énergie du bois pourrait couvrir environ 6% de la consommation d’énergie totale ou environ 12% de la consommation d’énergie thermique de la Suisse.
Photo: Fachagentur Nachwachsende Rohstoffe e.V. (FNR)
 
 

Au début du 20ème siècle, la Suisse couvrait ses besoins en énergie presque complètement avec le charbon et le bois (fig. 2). Depuis quelques décennies, le charbon avait déjà remplacé le bois comme principale source d’énergie. Après une nouvelle augmentation passagère et modeste au cours de la Seconde Guerre mondiale, la part de l’énergie du bois dans la consommation totale d’énergie a fortement diminué par la suite.

C’est à la même époque que le pétrole a entamé sa marche triomphale en tant que combustible et en tant que carburant. L’énergie est devenue un bien commun disponible à bon marché partout, tout le temps et en quantité illimitée. La consommation d’énergie de la Suisse après 1945 ne s’est par conséquent plus contentée de suivre l’augmentation de la population, elle a été multipliée en peu de temps.

Jusqu’en 1970, l’énergie hydraulique était le principal fournisseur de l’énergie électrique. Ensuite, on a assisté aux débuts de l’énergie nucléaire utilisée pour produire de l’électricité. Depuis, la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie augmente de façon continue.

 
Consommation finale d’énergie par sources d’énergie
Fig. 2 - Consommation finale d’énergie en Suisse de 1910 à 2012 par sources d’énergie en térajoules. Cliquer pour agrandir.
Source: Statistique globale suisse de l’énergie 2012

 

Les efforts entrepris depuis 1990 par la politique énergétique suisse en vue de réduire la consommation d’énergie et de miser davantage sur les énergies renouvelables a certes conduit peu à peu au cours des deux dernières décennies à une stagnation de la consommation d’énergie. Mais il a quasiment été impossible de s’affranchir des énergies fossiles, principalement du pétrole.

La part des combustibles pétroliers a certes fortement reculé, mais la consommation de gaz naturel et de carburants pétroliers a nettement augmenté (fig. 3). Encore maintenant, plus de 80% de la consommation finale d’énergie proviennent d’énergies non renouvelables importées. Les énergies renouvelables ne contribuent actuellement que pour 20% à l’alimentation en énergie, dont 14% pour l’énergie hydraulique et 4% pour l’énergie du bois.

 
Consommation finale d’énergie 2012 et 1980 par sources d’énergie
Fig. 3 - Consommation finale d’énergie 2012 et 1980 par sources d’énergie. Source: Statistique globale suisse de l’énergie 2012
 

Evolution de l’utilisation de l’énergie du bois

Stückholz
Fig. 4 - Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le bois de chauffe couvrait une part importante des besoins en énergie.
 
Qualischnitzel
Fig. 5 - Le nombre de chauffages aux plaquettes et aux pellets a fortement augmenté depuis 1990, de sorte que la consommation totale du bois énergie a cru de 42% depuis cette date.
 
Photos: Energie-bois Suisse

Vers 1910, le bois couvrait environ 15% des besoins en énergie de la Suisse (figure 2). Suite à la pénurie de charbon vers la fin de la Première Guerre mondiale, ce pourcentage a augmenté pour dépasser parfois les 20%. L'utilisation de bois a atteint un maximum durant la première moitié des années 30 avant de commencer à baisser lentement jusqu'en 1939. Auparavant, on utilisait environ la moitié du bois abattu en forêt pour faire du feu.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la production de bois de chauffe a augmenté bien au-delà de l’accroissement naturel: en 1941/42 par exemple, une exploitation de 200% de l'accroissement était autorisée. En raison principalement du manque de main-d’œuvre et de problèmes de transport, l'exploitation du bois de chauffe resta finalement limitée à une fois et demie celle des années précédentes, ce qui représentait un peu moins de 30% de la consommation totale d'énergie très fortement réduite.

Autour de 1950, la consommation de bois de chauffe avait à nouveau baissé pour retrouver le niveau d'avant la Seconde Guerre mondiale et elle a ensuite continué de diminuer. Vers 1970, sa proportion dans la consommation totale d'énergie n'était que d’environ 1%, et 20% seulement du bois récolté en forêt étaient directement destinés à la production d'énergie.

C'est seulement avec la crise pétrolière de 1973 et l’augmentation correspondante du prix du pétrole que l'intérêt pour l'exploitation de l'énergie du bois s'est ravivé. Depuis 1990, des mesures ciblées de la politique énergétique suisse de même qu’une sensibilité accrue de la population aux questions environnementales ont conduit à une augmentation de l’utilisation de l’énergie du bois. La part de l’énergie du bois dans la consommation finale d’énergie s’est accrue pour atteindre 4,2% en 2012.

Si on considère le volume de bois brûlé, il apparaît que la consommation de bûches a presque diminué de moitié depuis 1990 (tab. 1). L’utilisation de plaquettes, de pellets et de bois de récupération a très fortement augmenté pendant le même temps, de sorte que la somme du bois utilisé pour la production d’énergie a augmenté de 42% depuis 1990, bien que le nombre de toutes les installations de chauffage au bois ait enregistré un recul de plus de 73'000 unités pendant la même période.

Tableau 1 – Utilisation de l’énergie du bois par combustible: comparaison du nombre d’installations et de la consommation du bois énergie en 1990 et 2012. Source: Statistique de l’énergie bois suisse 2012
Type de chauffage
 Année Nombre d’installations
Consommation du bois énergie en m3
Chauffages aux bûches 1990
2012
689'184
(- 14.8%)     586'924
2'416'031
(- 45,5%)     1'316'103
Chauffages aux plaquettes 1990 2012 3'267
(+ 226.6%)      10'671
426'820
(+ 381.7%)     2'055'902
Chauffages aux pellets 1990 2012 0
21'609
0
340'844
Chauffages au bois de récupération (sans les UIOM) 1990 2012 23
(+ 152.2%)               58
175'006
(+ 229,6%)        576'900
Total
(sans les UIOM)
1990 2012 692'474
(-10.6%)     619'262
3'017'857
(+42.1%)     4'289'749
UIOM = Usines d'incinération des ordures ménagères

Situation actuelle

Wohnraumfeuerung
Fig. 6 - Différents facteurs doivent être pris en compte au moment de choisir le chauffage au bois qui convient.
Photo: Energie-bois Suisse 

En 2012, les chauffages au bois installés en Suisse ont consommé 4,29 millions de m3 de bois (tab. 1). Ils se sont substitués ainsi à 880'000 tonnes de mazout. L’utilisation de l’énergie du bois a ainsi permis d'épargner à l’atmosphère plus de 2,7 millions de tonnes supplémentaires de CO2.

Actuellement, presque 70% du volume de bois énergie sont brûlés dans des chauffages automatiques aux plaquettes, aux pellets et au bois de récupération. Grâce à la qualité élevée du combustible, les chauffages aux pellets affichent généralement de faibles émissions. Les petits chauffages aux plaquettes (d’une puissance inférieure à 70 kW) ont le plus souvent besoin d’une très bonne qualité de plaquettes, avec une faible teneur en eau et une faible proportion de particules fines dans la mesure où cela améliore la qualité de la combustion. Les chauffages aux plaquettes de plus grande taille et tous les chauffages au bois de récupération doivent en revanche être équipés de filtres à gaz de combustion, ce qui leur permet d’enregistrer des valeurs d’émissions encore plus faibles.

30% du volume du bois énergie sont utilisés dans des chauffages aux bûches, dont 60% sont brûlés dans des chauffages de locaux d’habitation tels que cheminées, poêles-cheminées, poêles de salon et poêles en faïence. On enregistre depuis des années un fort mouvement en faveur des cheminées fermées et poêles-cheminées qui affichent une combustion propre et un rendement élevé. Le parc des cheminées ouvertes qui se caractérisent par une mauvaise combustion diminue constamment. Les chaudières à bûches alimentant un chauffage central sont utilisées le plus souvent par des exploitations agricoles et des propriétaires forestiers qui produisent eux-mêmes leurs bûches. Cette catégorie d’installations consomme environ 40% du volume de bûches.

Les chauffages au bois modernes correctement utilisés atteignent des rendements très élevés accompagnés d’émissions très faibles et respectent sans problème les valeurs limites de l’ordonnance sur la protection de l’air. Pour chaque profil d’exigences, il existe des chauffages au bois appropriés. Le diagramme suivant montre la méthode permettant de choisir le bon chauffage au bois:

 
choisir le bon chauffage au bois
 

Selon la Statistique forestière Suisse, sur les 4,29 millions de m3 de bois énergie brûlés en 2012 dans des chauffages au bois, 1,67 million de m3 provenait directement du bois des forêts. Le bois de chauffe et le bois hors forêt non traités commercialement ne figurent pas dans la statistique forestière. Cela vise principalement les bûches qui sont préparées directement et utilisées par des propriétaires forestiers privés et des exploitations agricoles, ainsi que les plaquettes provenant du bois issu de l’entretien paysager. Les produits résiduels issus de l’industrie de transformation du bois (par ex. déchets de délignage et dosses en provenance des scieries; chutes, copeaux et poussières issus des menuiseries et charpenteries) et le bois de récupération ne sont pas non plus pris en compte dans la statistique forestière.

Environ deux tiers du volume de bois énergie forestier comptabilisé proviennent du bois de feuillus. Ce bois est bien plus souvent utilisé directement comme bois énergie que les bois de résineux parce que le tronc des feuillus est souvent fortement ramifié et se prête par conséquent moins bien à une utilisation sous forme de grumes. Enfin, et c’est loin d’être négligeable, le pouvoir calorifique plus élevé du bois de feuillus joue un rôle. Le bois de résineux est quant à lui principalement utilisé sous forme de grumes (fig. 7).

 
Utilisation de l’énergie du bois en 2012 par assortiments
Fig. 7 - Utilisation de l’énergie du bois en 2012 par assortiments. Source: Statistique globale forestière de l’énergie 2012
 

Potentiel complémentaire de l’énergie du bois

Dans la forêt Suisse, la consommation du bois est au total nettement inférieure au renouvellement de celui-ci. En effet, la croissance annuelle du bois est un peu inférieure à 10 millions de m3 (inventaire forestier national suisse LFI3), à comparer à une consommation annuelle totale moyenne d’environ 5 millions de m3 (Statistique forestière suisse 2012). La part du bois énergie dans la consommation totale de bois a constamment augmenté au cours des dernières années. En 2012, on a comptabilisé 1,67 million de m3 de bois énergie, ce qui correspond à 35,9% de la consommation annuelle (fig. 7).

Si on prend en considération la totalité du marché du bois énergie, c’est-à-dire tous les assortiments de bois, à savoir du bois forestier au bois de récupération en passant par les déchets de bois, on peut, au regard de la consommation annuelle actuelle d’environ 4,3 millions de m3 de bois énergie, tabler sur un potentiel supplémentaire de 2,3 millions de m3 disponible à court terme et à moyen terme (fig. 8).

Avec environ 1 million de m3, le bois forestier représente un peu moins de la moitié de ce potentiel. On trouve ce bois principalement dans des forêts mal desservies du Jura, des Préalpes, des Alpes et sur le versant alpin méridional. Le potentiel de bois forestier disponible à titre supplémentaire est donc très variable d’une région à l’autre. Avec 0,3 million de m3, le potentiel de bois hors forêt issu des haies, des surfaces agricoles, des berges, des zones de lotissement et de parcelles vertes bordant les axes de circulation est donc relativement faible. Des quantités importantes de déchets de bois et de bois de récupération continuent à être exportées et pourraient sans problème être utilisées en Suisse dans les chauffages au bois ou au bois de récupération.

 
Utilisation du bois énergie 2012 et potentiel complémentaire disponible
Fig. 8 - Utilisation du bois énergie en Suisse 2012 et potentiel complémentaire disponible par an.

En revanche, le potentiel supplémentaire théorique s’élève à environ 3,3 millions de m3. L’utilisation de ce million de m3 supplémentaire de bois dépend toutefois beaucoup des conditions marginales sociétales. Si par exemple la récolte de bois de sciage augmentait dans les forêts préalpines dont les réserves sont riches et la population est souvent âgée, cela pourrait augmenter également la quantité de bois énergie souvent présente sous forme de sous-produit. En outre, cela pourrait augmenter l’utilisation des déchets de bois et de sciure de bois issus des entreprises de transformation du bois en vue de produire des plaquettes et des pellets.

Perspectives

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Parmi les objectifs de la politique énergétique suisse figure la réduction des émissions de CO2 et de la consommation d’énergies fossiles d’au moins 20 pour cent d’ici 2020 par rapport au niveau de 1990, ainsi que l’augmentation d’au moins 50 pour cent de la part des énergies renouvelables entre 2010 et 2020 dans la consommation d’énergie totale. L’importance de l’énergie du bois continuera donc à augmenter à l’avenir. Un grand nombre de projets de réseaux de chaleur au bois, d’extensions de réseaux de chaleur au bois et de centrales de cogénération au bois impliquant des quantités de plaquettes plus importantes sont déjà à l’étude et solliciteront des pourcentages conséquents des réserves en bois énergie encore existantes.

Au total, l’énergie du bois pourrait en Suisse couvrir environ 6 pour cent de la consommation d’énergie totale ou environ 12 pour cent de la consommation d’énergie thermique. L’augmentation de l’efficacité énergétique des bâtiments s’accompagne d’une augmentation correspondante de la part de l’énergie du bois. Il est ainsi tout à fait possible d’envisager que dans quelques décennies, le bois chauffera environ un quart des bâtiments suisses.

Mais à l’avenir, le bois ne sera pas utilisé uniquement pour produire de la chaleur. On prévoit que la production d’électricité réalisée à partir de l’énergie du bois combinée à la récupération de la chaleur résiduelle continuera à augmenter. En 2012, il y avait déjà 14 installations en service qui produisaient de l’électricité et de la chaleur à partir du bois. Jusqu’à présent, de bons résultats ont été obtenus avec des centrales de cogénération assez grandes affichant une puissance thermique à partir de 2 à 3 MW, équipées de turbines à vapeur ou de turbines ORC pour la production d’électricité. Dans les turbines ORC, l’huile thermique remplace la vapeur d’eau en tant que fluide de travail, ce qui permet d’obtenir une production d’électricité avec des températures plus basses et un meilleur comportement en charge partielle.

Dans la mesure où, pour toutes les méthodes de production d’électricité à partir du bois, le rendement est relativement faible (entre 10 – 25% de la puissance thermique), il est absolument nécessaire de recourir à la récupération de chaleur résiduelle – par exemple dans un réseau de chaleur ou bien en tant que chaleur de processus pour les processus industriels – si l’on veut atteindre un rendement global élevé .

Depuis 1979, Energie-bois Suisse gère un service professionnel d’information et de conseil. De nombreuses notices et brochures ainsi que des documents plus détaillés sont à votre disposition pour vous indiquer comment utiliser correctement votre chauffage au bois.

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