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Auteur(s): Christophe Jaberg, Thierry Bohnenstengel, René Amstutz, Jean-Daniel Blant (auteurs externes)
Rédaction: WSL, Suisse
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Quelles forêts pour les chauves-souris?

La Suisse compte 28 espèces de chauves-souris, dont la moitié figurent sur la Liste rouge des espèces animales menacées de Suisse. Comment vivent ces mammifères aux mœurs discrètes? Quels types de milieu choisissent-ils pour établir leurs gîtes ou pour chasser? Et comment les pratiques sylvicoles peuvent-elles contribuer à la conservation de ces espèces, toutes protégées en Suisse? Des chercheurs ont mis en œuvre deux approches méthodologiques pour répondre à ces questions.

Myotis bechsteini
Fig. 1 - Dans les sites observés dans cet article, le Murin de Bechstein (Myotis bechsteini) chasse surtout dans les hêtraies (Carici-Fagetum, Luzulo-Fagion) et chênaies buissonnantes faiblement enrésinées.
Photo: Jean-Paul Luty
 

Pour étudier les déplacements des chauves-souris, les chercheurs ont, d’une part, exploité la banque de données faunique du CCO. Celle-ci contient 5222 données récoltées sur territoire neuchâtelois entre 1980 et 2005, et qui décrivent chaque animal identifié (son espèce, son âge, son sexe) et précisent sa localisation lors de sa capture ou de son observation. Mises en relation avec la couverture du canton à l’aide d’un SIG, ces données permettent de dresser une carte des préférences territoriales des chauves-souris. D’autre part, les chercheurs ont équipé au total 17 chauves-souris (Barbastelle, Grand Rhinolophe, Murin de Bechstein et Oreillard brun) de radio-émetteurs au cours du printemps et de l’été 2004 et 2005.

Les résultats de ces deux approches indiquent une fréquence de chauves-souris nettement plus élevée en milieu forestier que sur le reste du territoire cantonal. Parmi les 771 sites du canton où des chauves-souris ont été identifiées entre 1980 et 2005, seuls 65 se trouvaient en forêt. Pourtant, près du tiers des individus y ont été capturés. Cette observation peut sans doute s’expliquer par la présence de nombreuses cavités karstiques dans le canton de Neuchâtel. D’une part, ces cavités attirent les chauves-souris à la recherche de sites d’hibernation en automne. D’autre part, elles sont souvent associées à des zones karstiques, peu propices au défrichement, et donc généralement boisées.

Parmi les vingt-deux espèces observées dans le canton, sept sont considérées comme forestières, leur fréquence d’apparition en forêt étant supérieure à 34%. Selon la Liste Rouge des espèces menacées de Suisse, toutes les sept sont rares ou en danger (Tableau 1).

Une préférence marquée pour les forêts feuillues

Barbastella barbastellus
Fig. 2 - La Barbastelle (Barbastella barbastellus) est en danger d'extinction en Suisse. Dans l'étude présentée ici, les petits lépidoptères nocturnes de type géométrides représentaient 80% du volume de ses proies.
Photo: Thierry Bohnenstengel
 

Les résultats de ces deux approches indiquent une fréquence de chauves-souris nettement plus élevée en milieu forestier que sur le reste du territoire cantonal. Parmi les 771 sites du canton où des chauves-souris ont été identifiées entre 1980 et 2005, seuls 65 se trouvaient en forêt. Pourtant, près du tiers des individus y ont été capturés. Cette observation peut sans doute s’expliquer par la présence de nombreuses cavités karstiques dans le canton de Neuchâtel. D’une part, ces cavités attirent les chauves-souris à la recherche de sites d’hibernation en automne. D’autre part, elles sont souvent associées à des zones karstiques, peu propices au défrichement, et donc généralement boisées.

Parmi les vingt-deux espèces observées dans le canton, sept sont considérées comme forestières, leur fréquence d’apparition en forêt étant supérieure à 34%. Selon la Liste Rouge des espèces menacées de Suisse, toutes les sept sont rares ou en danger (Tableau 1).

Tableau 1: Statut des espèces forestières de chauves-souris observées dans le canton de Neuchâtel
Nom latin Nom commun Nombre d’occurrences dans le canton Proportion des occurrences en forêt (%) Statut Liste Rouge (Suisse)
Rhinolophus ferrumequinum Grand rhinolophe fer à cheval 28 85,7 En danger d'extinction
Myotis mystacinus Murin à moustaches  182  40,7 En danger
Myotis nattereri Murin de Natterer  24  83,3 Rare
Myotis bechsteini Murin de Bechstein  66  72,7 Rare
Myotis myotis Grand murin 539 48,1 Très menacé
Barbastella barbastellus Barbastelle commune  20 90,0 En danger d'extinction
Plecotus auritus Oreillard brun 441 42,4
En danger

Des forêts, oui, mais pas n’importe lesquelles

Forêt de feuillus
Fig. 3 - Bien que les forêts méso- et thermophiles totalisent à peine plus de 29% de la surface forestière neuchâteloise, 84% des occurrences forestières de chauves-souris proviennent de ces milieux.
Photo: Thomas Reich (WSL)

Bien que les forêts méso- et thermophiles totalisent à peine plus de 29% de la surface forestière cantonale, 84% des occurrences forestières de chauves-souris proviennent de ces milieux. Ces forêts de feuillus claires offrent des ressources en nourriture plus abondantes que les peuplements de résineux. Seules certaines espèces comme l’Oreillard brun s’accommodent d’un certain enrésinement.

Le radio-pistage a par ailleurs révélé que trois espèces suivaient fréquemment les chemins forestiers pour leurs déplacements, ce qui semble indiquer qu’elle recherchent des peuplements structurés par des ouvertures linéaires.

Le Grand Rhinolophe, en danger d’extinction en Suisse, a le plus souvent été radio-pisté dans de petits peuplements en milieu semi-ouvert et à basse altitude, de type pâturages boisés et vergers, dont il avait fait son territoire de chasse.

L’attractivité des arbres à cavités et des arbres morts sur pied pour les chauves-souris est bien connue puisque de nombreuses espèces y établissent leurs gîtes de reproduction. Dans le cas du Murin de Bechstein, les chercheurs neuchâtelois ont même pu mettre en évidence une relation quasi exclusive entre cette espèce et les anciennes cavités de pics dans les chênes. Quant à la Barbastelle commune, elle gîte préférentiellement sous les écorces décollées des arbres morts sur pied. Ces habitudes s’expliquent probablement par des facteurs microclimatiques : à cause de la faible densité des houppiers de feuillus ou d'arbres morts, les troncs profitent d’un ensoleillement important qui réchauffe les cavités, favorisant la gestation des femelles et le développement des jeunes. Les nichoirs artificiels n’offrent pas un tel confort et ne peuvent donc être considérés comme une alternative durable aux cavités naturelles.

La conservation passe par la concertation

En résumé, une conservation efficace des chauves-souris passerait par la promotion de l’éclaircissement des peuplements, l’aménagement de structures, et la (re)création de pâturages boisés. Les arbres morts ou à cavités devraient être présents en nombre suffisant, les chauves-souris forestières ayant un rayon d’action relativement faible.

Enfin, il apparaît indispensable que les chiroptérologues (nom savant pour les spécialistes des chauves-souris) soient associés aux débats liés à la conservation de la biodiversité en milieu forestier.


  • Adaptation: Michèle Kaennel Dobbertin (WSL)

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Contact

  • Christophe Jaberg
    Centre de coordination ouest pour l'étude et la protection des chauves-souris (CCO)
    Antenne neuchâteloise
    c/o Musée d'histoire naturelle
    Av. Léopold-Robert 63
    CH-2300 La Chaux-de-Fonds
    e-mail: christophe.jaberg @ rpn.ch

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