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Auteur(s): Bertrand Baur (karch)
Rédaction: WSL, Suisse
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Le Lézard vivipare (Zootoca vivipara)

Le plus petit lézard d'Europe centrale vit dans des habitats très divers. Comme son nom l'indique, les femelles mettent au monde des jeunes entièrement formés – elles sont en fait ovovivipares (voir encadré).

Wald- oder Bergeidechse
Figure 1 - Le lézard vivipare s'observe assez facilement en montagne, s'il ne fait pas trop chaud.

Le Lézard vivipare (Zootoca vivipara) est le plus petit reptile de Suisse. La longueur totale des adultes n‘atteint guère plus de 15 cm, dont 5 cm pour la tête et le corps. Le Lézard vivipare est nettement plus petit et moins trapu que le Lézard agile. Les nouveau-nés mesurent à peine 5 cm.

La coloration brune de ce lézard est très variable. La partie dorsale est parsemée de petites taches claires, plus ou moins distinctes, disposées en lignes longitudinales. Les flancs ont une teinte un peu plus foncée. Souvent ce lézard présente une raie longitudinale sombre sur le milieu du dos. Il existe également des animaux mélaniques.

Généralement les mâles sont plus colorés que les femelles. Le dessin dorsal est assez semblable chez les deux sexes et seule la coloration ventrale permet une distinction. Chez le mâle, le ventre, et plus spécialement l‘intérieur des cuisses et le dessous de la queue, ont une belle teinte orangée ou rouge vermillon tachetée de noir, se détachant nettement des couleurs claires de la gorge. Chez la femelle, les parties correspondantes sont pâles, moins intensivement colorées et à peine tachetées, et le passage de la gorge au ventre est beaucoup plus progressif. Les jeunes animaux sont foncés, souvent presque noirs, surtout la partie arrière du corps. Les couleurs des jeunes peuvent être très variables, même au sein d'une même portée.

Ovoviviparité
Une espèce est ovovivipare lorsque les œufs incubent et éclosent dans le ventre de la femelle.

Source: Wikipédia

Intéressant
Dans les Pyrénées et à l’est de l’arc alpin (Slovénie, Haute Italie et Carinthie), les populations du Lézard vivipare pondent des œufs, comme les autres lézards.

Moeurs et habitat

Lebensraum der Waldeidechse
Figure 2 - Un habitat typique du lézard vivipare.

Le Lézard vivipare est une espèce diurne dont le besoin en chaleur n‘est pas très élevé. Chez ce reptile, les embryons se développent dans le ventre de la mère, qui met au monde des jeunes entièrement formés. Ce mode de reproduction lui permet de coloniser les habitats les plus divers de plaine et de montagne, jusqu‘à plus de 2000 m d‘altitude. En plaine, il fréquente les clairières et les zones de reboisement, les lisières de forêts, les bords de chemins forestiers, les marais et les tourbières. En altitude il habite les murets et les empierrements des pâturages, les forêts clairsemées, les pierriers et les éboulis orientés plus ou moins vers le sud.

Grâce à son mode de reproduction, il n'est pas lié, à l'inverse du Lézard agile, à la présence d‘un type de sol déterminé pour l'incubation des oeufs. On le rencontre donc également sur les prés marécageux et les toubières de pente, pour autant que ces milieux offrent des emplacements secs et ensoleillés, des grosses pierres ou des souches. Ces sites permettent aux femelles gestantes de s'exposer longuement au soleil pour un développement optimal et rapide des embryons.

Sur le Plateau, par temps ensoleillé, les premières sorties des mâles ont déjà lieu au début mars, même si la température ambiante ne dépasse pas les 10°C. Ils se tiennent devant leur abri et ne se nourrissent pas encore. Leur coloration les rend peu visibles et leur assure une bonne protection. Ils sont plus discrets que le Lézard agile et se figent à l'approche de l'homme.

Trächtige Waldeidechsen
Figure 3 - Femelles gravides. 

A la fin mars début avril, par temps clément, les femelles font leur apparition. Lorsque la température ambiante atteint 15 à 20°C, les animaux se contentent de brefs bains de soleil pour se réchauffer. Dès lors et durant tout l'été, ils sont beaucoup plus difficiles à observer. Ils se tiennent fréquemment dans la végétation, à la recherche de nourriture. C'est seulement à la suite de périodes de mauvais temps qu'ils recherchent à nouveau, pour de courtes périodes, des sites bien ensoleillés. Ils sont alors très peureux et se réfugient à la moindre alerte dans leur abri. A la fin de l'été et en automne, les femelles gravides deviennent plus visibles car elles nécessitent beaucoup de chaleur. Les mâles sont moins sédentaires et plus difficiles à détecter.

Leur régime alimentaire est constitué d'invertébrés de toutes sortes: araignées, vers, mouches, chenilles, petits grillons et même fourmis. Dès la fin mars, quelques belles journées suffisent pour les retrouvailles des deux sexes et l'accouplement. En altitude, il faut souvent attendre le mois de mai ou de juin pour qu'aient lieu les noces. La durée de la gestation dépend des conditions météorologiques. Si l'été est bien ensoleillé, les premiers jeunes apparaissent durant la deuxième moitié d'août. En revanche, si la saison estivale est froide et humide, des femelles gravides peuvent encore être observées en octobre. Il est probable que des femelles entrent en hivernage alors qu'elles sont encore gravides.

Le nombre de jeunes par portée est d'environ 5 à 8. Les jeunes peuvent habiter un même site, p. ex. une souche, et prendre des bains de soleil en restant très regroupés. Leur chance de survie est très réduite et seul un petit nombre d'animaux atteindront l'âge d'une année. Parmi les prédateurs s'attaquant tant aux adultes qu'aux jeunes, on peut citer les petits carnivores, les insectivores, les rapaces, les corvidés, la coronelle ou couleuvre lisse et les vipères. Pour les jeunes il faut ajouter les oiseaux de taille moyenne, par exemple le merle, les grives, la pie-grièche, mais également les grands coléoptères comme les carabes. Après les premières journées froides d'octobre, les lézards adultes, suivis peu de temps après par les jeunes, se réfugient dans leur abri d'hivernage.

   
Waldeidechse auf Totholz  
Figure 4 - Le bois réchauffé par les rayons du soleil est très apprécié du lézard vivipare.  
   

Aire de répartition

sich auf Vegetaton sonnende Waldeidechse
Figure 5 - Si nécessaire, le lézard vivipare monte sur la végétation basse pour prendre le soleil.
 
 
Toutes les photos:  Thomas Reich (WSL)

De toutes les espèces de reptiles à travers le monde, le Lézard vivipare est celui qui est présent le plus au nord. La limite occidentale de son aire passe par l'Irlande et la partie ouest des Monts Cantabriques. A l'est, sa limite se situe à la hauteur de l'Ile Sakhaline; au sud, l'espèce ne dépasse pas la plaine du Pô et au nord elle atteint l'Océan Arctique et la mer de Barents. En Suisse, le Lézard vivipare habite tous les milieux propices, sauf dans la partie centrale et méridionale du Tessin, où il n'a pas été observé en-dessous de 800 m d'altitude.

Dans les régions de montagne, cette espèce est encore très abondante; elle est plus localisée en plaine où elle subit parfois la concurrence du Lézard agile. La situation du Lézard vivipare est plus difficile à évaluer pour le Plateau suisse. Bien qu'il y cohabite par endroits avec le Lézard agile, il semble bien que ce dernier influence directement sa distribution. Mais vu ses moeurs discrètes, le Lézard vivipare passe souvent aussi inaperçu. Ainsi, on découvre régulièrement de nouveaux sites habités par l'espèce dans les régions déjà bien visitées.

Centre de Coordination pour la Protection des Amphibiens et des Reptiles de Suisse (karch)

Ce texte paraît avec l'aimable autorisation du Centre de Coordination pour la Protection des Amphibiens et des Reptiles de Suisse (karch). Le karch s'est donné pour objectifs de rechercher les causes et les mécanismes du recul des espèces et des effectifs des reptiles, et de prendre des mesures pour enrayer ce recul. Leur site internet est une véritable mine d'informations sur ces espèces. N'hésitez pas à signaler au karch des observations de lézard vivipare ou d'autres reptiles et amphibiens. Merci d'avance pour votre collaboration!

www.karch.ch


  • Adaptation française: Simon Capt (CSCF) et Michèle Kaennel Dobbertin (WSL)

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