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Koni Häne

Jurastrasse 19
8966 Oberwil-Lieli

Tél: +41 (0)56 633 65 29

Article(s)

Auteur(s): Koni Häne (auteur externe), Michèle Kaennel Dobbertin
Rédaction: WSL, Suisse
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Le sapin pectiné ou sapin blanc (Abies alba)

Epicéa ou sapin ? La langue populaire fait souvent l'amalgame entre ces deux espèces, voire avec tout ce qui porte aiguilles et embaume la résine. Un bec-croisé des sapins décortique en fait les cônes d'épicéa, de mélèze ou de pin, et notre sapin de Noël n'a souvent de sapin que le nom. Et pourtant, ses cônes dressés comme des bougies, ses aiguilles douces au toucher et son parfum de mandarine sont autant d'indices pour reconnaître sans erreur le vrai roi des forêts.

Tannenwipfel mit Zapfen
Fig. 1 - Contrairement aux cônes pendants de l'épicéa, ceux du sapin se dressent vers le ciel.
Photo: Ulrich Wasem (WSL)

Le genre Abies est présent dans tout l'hémisphère nord avec plus de 40 espèces, et en Europe avec six espèces natives et au moins autant d'espèces introduites. Le sapin pectiné ou blanc, Abies alba, est la principale essence résineuse de l'étage montagnard de l'Europe centrale et méridionale. En Suisse, on le trouve dans le Jura, dans certaines régions du Plateau et dans les Préalpes. Environ 70% des sapins pectinés poussent entre 600 m et 1200 m d’altitude.

Essence thermophile, le sapin est après l'if l'espèce la plus tolérante à l'ombre. Une graine de sapin germe avec à peine 1% de lumière diurne. Soumis à la concurrence d'arbres dominants, un jeune arbre peut mettre sa croissance en veilleuse pendant 100 à 200 ans en attendant des conditions plus favorables. Sensible aux gels précoces et tardifs, cette essence l'est également à la sécheresse. Elle serait donc susceptible de disparaître en Suisse si le réchauffement du climat s'accompagnait de réduction des précipitations comme l'envisagent certains modèles climatiques. S'il est toujours la troisième essence de Suisse après l'épicéa et le hêtre, le sapin a fortement régressé au cours des 20 dernières années, tant en nombre d'individus qu'en surface forestière. En 1993-95, il ne représentait qu'environ 12% des arbres recensés par l'Inventaire forestier national, contre 40% pour l'épicéa.

Importance sylvicole et écologique

Grand tétras
Fig. 2 - En hiver, le grand tétras se nourrit à 90% d'aiguilles de résineux – ici un pin -, avec une préférence marquée pour le sapin.
Photo: H. Haller (Parc national suisse)

Le sapin pectiné est l'essence idéale des forêts jardinées et multiéquiennes (se dit de forêts composées d'arbres d'âges différents). Ses racines pivotantes s'accommodent de sols relativement humides et lourds, qu'ils stabilisent. Elles font du sapin une espèce beaucoup moins vulnérable au déracinement par le vent que l'épicéa.

De nombreuses espèces d'insectes lui sont inféodées – hylobe, pissode, scolytidés ou chermès. Parmi les oiseaux auxquels il offre le gîte ou le couvert, citons la chouette chevêchette et de Tengmaln, la mésange noire et huppée, le pic noir. Le grand tétras, qui mène en hiver une vie essentiellement arboricole, se nourrit alors à 90% d'aiguilles de résineux, avec une nette préférence pour celles du sapin. De même, le petit et le gros gibier apprécient dans l'ensemble les pousses et aiguilles de sapin davantage que celles d'autres conifères.

Noms de lieux

L'ancien français sapin a donné lieu à d'innombrables variations locales désignant un sapin, une sapinière, ou une branche de sapin, par exemple Sapet, Sépa, Sépeys ou Saipois, ou un petit sapin, comme Sapolin, Sappallaz, Seplon ou Sapel. Quant au nom régional de vargne, il se décline également en Vuarno, Creux du Varnec ou autres Vouagnoz.

Usages d’hier et d’aujourd’hui

Sapin blanc
Fig. 3 - O.W. Thomé, Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz, 1885. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

La sève du sapin, recueillie par incision de l'écorce, fournit la térébenthine, une résine ambrée et odorante, à ne pas confondre avec l'essence de térébenthine. Aujourd'hui une denrée rare, elle fut longtemps très appréciée des artistes peintres qui la mélangeaient à la peinture à l'huile pour illuminer les couleurs.

Cueillies au printemps et transformées en tisane, sirop "maison" ou bonbons, les pousses de sapin constituent un vieux remède contre les affections respiratoires. La phytothérapie moderne utilise de même ses propriétés antiseptiques, anti-inflammatoires et diurétiques.

Après l'épicéa, le sapin pectiné est en Suisse la deuxième source de miel de miellat. Ce miel, le plus apprécié par les consommateurs dans notre pays, est élaboré à partir du miellat secrété par plusieurs espèces de pucerons inféodées au sapin.

Le bois de sapin est souvent boudé au profi t de l’épicéa parce que considéré comme de moindre qualité. Il présente pourtant d’excellentes qualités technologiques et plusieurs avantages sur l’épicéa. Sa facilité d’imprégnation, sa bonne durabilité et sa résistance aux intempéries le destinent à une utilisation dans les milieux exposés à l’humidité, c’est-à-dire dans la construction hydraulique et souterraine, pour le lamellé-collé, les fenêtres ou les saunas. Clair et peu résineux, il est employé pour l’aménagement intérieur avec des fonctions portantes ou décoratives, et n’a rien à envier à l’épicéa pour la construction de charpentes.

On ne saurait toutefois passer sous silence deux défauts fréquents et dus à certaines conditions stationnelles. Le "cœur mouillé" désigne un bois de cœur présentant une humidité qui peut être jusqu'à 4 fois supérieure à celle de l'épicéa. Ce défaut ne diminue pas les qualités techniques du bois mais nécessite un programme de séchage spécifique. Quant à la "roulure", elle désigne un décollement des cernes de croissance dont la fréquence augmente avec l'âge des arbres.

Coutumes populaires

La tradition du bouquet de chantier, sapin qui indique la fin du gros œuvre sur les chantiers de construction remonte peut-être à une coutume germanique ancienne. Un sapin dont le bourgeon terminal avait été atrophié, ainsi qu'un des six autres de la couronne, et qui ressemblait donc à une main ouverte, était fiché au faîte des chalets et des cabanes pour éloigner la foudre et les maléfices. Ses rameaux appelaient encore la fécondité sur les femmes et les bêtes.

On choisissait une cime dont le bourgeon terminal avait été atrophié, ainsi qu'un des six autres de la couronne. Figurant une main ouverte, on la fichait au faîte des chalets et des cabanes. Ses rameaux appelaient encore la fécondité sur les femmes et les bêtes.

En Suisse comme en Allemagne, certains villages entretiennent la tradition de l’arbre de mai. Le trond d'un grand sapin décoré de rubans et couronné de rameaux, symbole de longévité, de joie de vivre et d'abondance, est dressé dans la nuit du 30 avril au 1er mai par les jeunes conscrits en l’honneur des jeunes filles du même âge.

Les sapins en poésie

  Les sapins en bonnets pointus,
De longues robes revêtus
Comme des astrologues,
Saluent leurs frères abattus,
Les bateaux qui sur le Rhin voguent.
Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
A briller plus que des planètes
A briller doucement changés
En étoiles et enneigés
Aux Noël bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses


Guillaume Apollinaire


Les sapins, beaux musiciens,
Chantent des Noëls anciens
Au vent des soirs d'automne,
Ou bien, graves magiciens,
Incantent le ciel quand il tonne.
Des rangées de blancs chérubins
Remplacent l'hiver les sapins
Et balancent leurs ailes
L’été ce sont de grands rabbins
Ou bien de vieilles demoiselles
Sapins médecins divaguants
Ils vont offrant leurs bons onguents
Quand la montagne accouche
De temps en temps sous l’ouragan
Un vieux sapin geint et se couche.
       

CARTE D'IDENTITÉ

Nom latin : Abies alba (du grec abios, "qui vit longtemps", et du latin "albus, blanc")

Noms communs : sapin pectiné, sapin blanc (en Suisse romande, peut-être par analogie avec l'allemand Weisstanne). Certaines sources citent une étymologie hybride, du gaulois *sapo, "sapin" (de l' indo-européen *sap, "résine" - le même mot qu'anglais moderne - ou "saveur") et du latin pinus, "pin". L'adjectif "pectiné" fait référence aux aiguilles disposées en forme de peigne, du latin pectinata. En Haute-Savoie et en Suisse romande : vargne, vuargne, voirgne, vouargno, peut-être du gaulois varno, "sapin" ou du celtique vuarnia, "résineux".

Famille : Pinaceae.

Espérance de vie : 300 ans, voire 600 ans.

Hauteur : 50-55 m.

Port : cime d'abord conique, pointue puis ovoïde, pour finir en "nid de cigogne".

Tronc : rectiligne et cylindrique.

Branches et rameaux : en majorité horizontaux; branches principales ordonnées en verticilles, rameaux secondaires disposés en spirale.

Ecorce : gris argenté et lisse jusqu'à environ 50 ans, puis gris foncé et crevassée, avec d'épaisses écailles rectangulaires, irrégulières.

Aiguilles : plates, droites, non piquantes, persistantes 6-9 ans; vert foncé et brillantes sur le dessus, avec deux bandes claires de stomates sur le dessous.

Reproduction : Espèce monoïque (fleurs mâles et fleurs femelles sur un même individu). Les chatons mâles jaunes, ovoïdes à allongés, poussent en groupes sous les rameaux de l'année précédente, les chatons femelles, isolés, également au milieu des rameaux.

Fruits : Les cônes se dressent tels des bougies sur les rameaux. Ils se désarticulent à maturité en septembre-octobre, libèrant de grosses graines ailées. La "chandelle" persiste 1 ou 2 ans sur le rameau.

Cette contribution a été réalisée en collaboration avec le périodique La Forêt. La Forêt

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