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Koni Häne

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Article(s)

Auteur(s): Koni Häne (auteur externe), Michèle Kaennel Dobbertin
Rédaction: WSL, Suisse
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Le peuplier noir (Populus nigra)

Présent dans presque toute l'Europe, le peuplier noir est pourtant aujourd'hui une des espèces d'arbres les plus menacées d'extinction en Suisse. En raison des perturbations des zones alluviales dues notamment à l'extraction de gravier, au pompage et à l'endiguement, mais aussi à cause du croisement avec des formes hybrides, cette essence pionnière de la ripisylve risque en effet de disparaître.

Son rôle écologique

Peuplier noir sur le Pré de la Rive, Bienne
Fig. 1 - Peuplier noir sur le Pré de la Rive, Bienne (Projet "Peuplier noir", Société pour la protection des rives du Lac de Bienne).
Photo : Iseli et Bösiger, Bienne

Comme ses cousins les saules, le peuplier noir joue un rôle écologique de premier plan, avec une entomofaune riche et diversifiée. On dépasse d'ailleurs le chiffre de 500 espèces inféodées au genre Populus – tordeuse, saperde, chrysomèle, bombyx ou cigarier, pour ne citer que les plus connues – auxquelles s'ajoutent plusieurs centaines d'espèces de parasites de ces derniers ! La taille élevée du peuplier noir et ses cavités en fin de vie font de son houppier et de son tronc des habitats appréciés par exemple des pics, milans noirs, faucons hobereaux, ou des chauves-souris, écureuils et autres martres. Enfin, sa capacité à fixer les métaux lourds présents dans le sol n'est pas négligeable.

Mythes et histoire

L'Antiquité associe le peuplier noir au royaume des morts, dont il représentait l'entrée. Dans la mythologie grecque, il était l'arbre de Perséphone, déesse des morts. Les trois Héliades se métamorphosent en peupliers noirs pour pleurer leur frère Phaéton. Celui-ci avait perdu le contrôle du char solaire emprunté à leur père Hélios, le Soleil. Il fut foudroyé par Zeus pour sauver l'univers de la ruine et précipité dans le Pô.

Plus près de nous, c'est à Napoléon que l'on doit la progression fulgurante de la variété italienne à croissance rapide du peuplier noir, introduite en France dès 1745. Il la fit planter le long des routes de France pour que l'armée ne marche pas en plein soleil en été et pour améliorer l'orientation en hiver.

Usages d’hier et d’aujourd’hui

Au début de notre ère, le médecin grec Galien recommandait déjà l'usage d'une pommade à base de bourgeons de peuplier pour soigner les inflammations cutanées et les hémorroïdes. Aujourd'hui encore, les propriétés anti-inflammatoires, antiseptiques, diurétiques et calmantes des bourgeons de peuplier noir sont utilisées contre diverses affections douloureuses. Les mêmes bourgeons servent à la fabrication d'un sirop contre la toux et d'un tonique printanier. En Occident, ils représentent la principale source de résines et d'huiles essentielles dont les abeilles tirent le propolis aux vertus thérapeutiques bien connues. Plutôt amère, l'écorce a servi de succédané à la quinine, dont elle possède les propriétés toniques. Le charbon de bois de peuplier noir est utilisé comme antiseptique intestinal.

Koehler's Medicinal Plants (1887)
Fig. 2 - Koehler's Medicinal Plants (1887)

Les utilisations du bois de peuplier noir sont relativement limitées, non seulement parce que son tronc est souvent tordu et noueux, mais surtout parce que le bois lui-même se conserve mal. Il fut autrefois employé pour la fabrication des tables de soufflets de forge car il ne se déforme pas au séchage. Comme l'aulne et l'orme, le peuplier servait à la construction des gibets et était considéré comme un bois maudit.

Léger, tendre et facile à travailler, il est surtout utilisé pour le contre-plaquage, l'emballage, notamment alimentaire (fruits, fromages), les panneaux de particules, et depuis peu les couverts bio-dégradables.

On connaît moins l'usage qui est fait de la bourre cotonneuse du peuplier pour remplir des oreillers, voire comme matériau d'isolation. En Amérique du Nord, les représentants de la famille Populus s'appellent d'ailleurs "cottonwood" (arbre à coton). Contrairement au pollen de peuplier qui apparaît en même temps qu'elle, cette bourre n'est pas sensibilisante au sens immunologique du terme, bien qu'elle puisse avoir un caractère irritant.

Quel avenir pour le Peuplier noir?

Outre la protection des zones alluviales et la revitalisation des cours d'eau, cette espèce bénéficie également de mesures de conservation des ressources génétiques, par exemple dans le cadre du projet SEBA de l'EPFZ avec la collaboration de l'Institut fédéral de recherches WSL à Birmensdorf. Ce projet consacré aux espèces rares en Suisse a permis, entre autres, de réaliser un inventaire des peupliers noirs purs afin de protéger les arbres existants et de fournir des jeunes plants destinés à la renaturation. Les premières estimations prudentes sont plutôt rassurantes puisqu'avec plus de 65 000 individus, cette espèce est moins mal représentée en Suisse qu'on ne le craignait. Il n'est cependant pas rare que les experts eux-mêmes ne parviennent pas à distinguer de visu un peuplier noir pur d'une forme hybride. C'est pourquoi les chercheurs du WSL ont développé un test ADN rapide et facile à mettre en œuvre. La partie n'est cependant pas encore gagnée, et les efforts doivent se poursuivre pour sauver la figure emblématique de nos forêts alluviales.

Si pour Victor Hugo, "le peuplier est, comme l'alexandrin, une des formes classiques de l'ennui", c'est peut-être parce qu'il méconnaissait le peuplier noir véritable, son rôle dans l'écosystème, et la puissance de sa silhouette lorsqu'elle se dresse, solitaire, au bord d'un cours d'eau.

Carte d'identité

Nom latin
Populus nigra (du latin populus, peuple, peut-être parce que les Romains le plantaient sur les lieux publics, ou parce qu'il était extrêmement populaire) 
Noms communs Peuplier noir, liard (encore employé dans l'Ouest de la France, au Canada et en Louisiane ; de « lier », les jeunes tiges de cet arbre ayant souvent remplacé l'osier), liardier, peuplier franc, bioule, bioulasse, piboule
Famille
Salicacées
Espérance de vie
au maximum 100 à 150 ans 
Hauteur 
30 à 35 m
Port
étalé ou semi-étalé, ou fastigié chez la variété "italica"
Tronc
jusqu'à 2 m de diamètre
Branches massives. Jeunes rameaux jaunâtres et glabres
Ecorce épaisse, fissurée, gris foncé puis noirâtre ; bosses et broussins sur le tronc
Bourgeons visqueux, glabres, et souvent appliqués
Feuille entières, disposées en spirales sur les branches (alternes), bord denté, dessous glabre
Reproduction Espèce dioïque (pied mâle # pied femelle). Fleurs mâles en chatons pendants d'une dizaine de centimètres, à étamines pourpres, apparaissant avant les feuilles ; fleurs femelles plus courtes, à stigmates roses ou rouges. Propagation par voie végétative (transfert de boutures de rameaux par l'eau ou les oiseaux, drageonnage, marcottage).
Fruits capsules à deux carpelles, qui s'ouvrent vers le mois de juin. Les graines enfermées dans un coton hydrophobe sont dispersées d'abord par le vent, puis par l'eau. 
Toponymie Trémoulède (du latin tremulus, tremble, peuplier), Paplemont, Pible, Puble, Publet, Publey, Publiet, Publo, Publoz, Publy...
Cette contribution a été réalisée en collaboration avec le périodique La Forêt. La Forêt

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