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Article(s)

Auteur(s): Beat Forster, Franz Meier, Urs-Beat Brändli
Rédaction: WSL, Suisse
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Net recul de l’épicéa sur le Plateau suisse

Les premiers résultats du troisième Inventaire forestier national (IFN3) révèlent un recul notable de l’épicéa sur le Plateau suisse. Au cours des onze ans qui se sont écoulés entre les inventaires de 1993-1995 et de 2004-2006, le volume d’épicéas vifs a diminué d’environ 22% dans cette région.

Sturmholzfläche im Schweizer Mittelland
Fig. 1 - Surface de chablis sur le Plateau suisse.
 

Depuis le milieu des années nonante, la période de l’IFN3 fut marquée par de remarquables phénomènes naturels, comme la tempête Lothar, en décembre 1999, et les pullulations massives du typographe (Ips typographus) qui s’en suivirent. Les scolytes trouvèrent ainsi un riche approvisionnement dans tous ces chablis et épicéas sur pied affaiblis.

Leur épidémie fut encore favorisée par l’été extrêmement chaud et sec connu en 2003. Les données de la Protection de la forêt suisse (PFS, anciennement SPOI) indiquent dans quelles proportions les chablis et le bois infesté ont contribué à la diminution du volume d’épicéas durant l’IFN3.

Un tiers de chablis et de bois infesté

Depuis 1983, la Protection de la forêt suisse recense chaque année auprèsdes triages forestiers le volume d’épicéas victimes du typographe. Après le passage de Lothar, les chablis et leur proportion d’épicéas furent également inventoriés. Grâce à ces données, l’évolution des infestations descolytes peut être démontrée (fig. 2). Cette figure présente les valeurs indiquées par les cantons; tous les autres chiffres contenus dans cet article au sujet du bois infesté et des chablis ont été multipliés par un facteur de correction afin de les rendre comparables à ceux de l’IFN (voir l'article original).

Typographe: bois infesté en Suisse
Fig. 2 - Typographe: bois infesté en Suisse entre 1995 et 2005.
 

En décembre 1999, la tempête Lothar a renversé quelque 9 millions de m3 d’épicéa en Suisse, soit 4 ou 5% du volume de cette essence, selon l’IFN2. Entre 1995 et 2005, 8,8 millions de m3 d’épicéa sur pied furent la proie du typographe. Etant donné que la plupart des infestations se produisirent après Lothar et l’été record de 2003, un tiers des épicéas exploités ou morts durant l’IFN3 est à mettre au compte de cette tempête et du typographe. Cette proportion correspond à 40% de l’accroissement mesuré par l’IFN (fig. 3).

Exploitations et mortalité  
Fig. 3 - Exploitations et mortalité des épicéas, avec proportions de chablis et de bois infesté par région de production en % de l’accroissement, de 1995 à 2005.  
   

Lothar causa les dommages les plus importants sur le Plateau ainsi qu’à l’ouest et au centre des Préalpes. La sécheresse de l’été 2003 toucha gravement l’ouest des Préalpes et le Plateau, de même que le Jura, diverses vallées alpines et le sud de la Suisse. Les déficits pluviométriques furent particulièrement marqués en Valais et au nord de la Suisse. Dans les régions ravagées par cette tempête, cette nouvelle offre en épicéas propices à la ponte attira rapidement les populations de typographes, à l’époque encore très présentes dans ces lieux. C’est pourquoi les fortes infestations se sont surtout produites dans les régions déjà gravement atteintes par cette tempête. En outre, la colonisation d’au moins 2 millions de m3 d’arbres sur pied est indirectement imputable à la canicule de l’été 2003. Durant cette année-là, le Plateau a connu une large recrudescence des pullulations alors que la situation s’était déjà améliorée en 2002 dans cette région.

Régression majeure de l’épicéa sur le Plateau

Aufgerüstetes Sturmholz
Fig. 4 - Le bois de chablis est est prêt pour le transport.
 
Käferholz
Fig. 5 - Il est resté plus d’arbres sur pied infestés dans les Préalpes que sur le Plateau.

C’est sur le Plateau que les peuplements d’épicéas furent les plus touchés par les phénomènes naturels et les activités humaines. Dans cette région, les exploitations et la mortalité atteignent 180% de l’accroissement (fig. 2). Le volume d’épicéas exploités, renversés ou morts durant l’IFN3 est d’environ 21 millions de m3. Une partie du bois endommagé est restée en forêt sans être exploitée. L’accroissement atteint près de 12 millions de m3 pour cette même période. Le volume total d’épicéas, qui diminue de 8 millions de m3, compte encore un peu plus de 32 millions de m3, bois mort restant inclus.

Lothar a renversé 4,4 millions de m3 de bois d’épicéa. À cela s’ajoutent 3,7 millions de m3 de bois infesté entre 1995 et 2005. Ce chiffre englobe les épicéas colonisés qui ont été récoltés ou laissés morts sur pied. Près de 40% des exploitations et de la mortalité réunies sont consécutives à Lothar et aux attaques de scolytes. Le reste des exploitations (y compris le bois mort pour cause indéterminée) se monte à 12,6 millions de m3, ce qui dépasse à peine l’accroissement.

Grâce aux nombreux peuplements mélangés présents sur le Plateau, le typographe ne s’est que rarement répandu sur de larges surfaces. Il a souvent colonisé des arbres dispersés. Etant donné que relativement peu d’arbres atteints furent laissés sur pied et que les surfaces de coupe reverdissent rapidement, les fortes infestations furent moins spectaculaires sur le Plateau que dans diverses régions des Préalpes, où les peuplements d’épicéas et les foyers de scolytes sont plus étendus.

Plus d’arbres sur pied infestés dans les Préalpes

Dans les Préalpes, les exploitations et la mortalité atteignent 125% de l’accroissement (fig. 2). Dans cette région, près de 16 millions de m3 d’épicéa ont été exploités, renversés ou sont morts au cours de l’IFN3. Une partie des bois endommagés est restée en forêt sans être exploitée. L’accroissement se chiffre à 13 millions de m3 pour cette même période.

Le volume total d’épicéas diminue de 2 millions de m3; il compte encore 54 millions, y compris le bois mort laissé sur pied. La tempête a renversé plus de 3 millions de m3 d’épicéa dans les Préalpes. En outre, 2,8 millions de m3 de bois ont été infestés entre 1995 et 2005. À cela s’ajoutent près de 10 millions de m3 que représentent les exploitations normales et le bois mort sur pied pour cause indéterminée. Avec un peu plus d’un tiers de chablis et de bois infesté, le volume des exploitations forcées est proportionnellement semblable à celui du Plateau.

Bien que les Préalpes aient beaucoup moins souffert de la sécheresse centennale de l’été 2003, le volume de bois infesté par rapport à celui des chablis est légèrement plus élevé que sur le Plateau et, en 2005, la situation ne s’était pas encore améliorée partout. Cela est dû au fait que dans les Préalpes, les processus biologiques sont plus lents que sur le Plateau et que les mesures d’assainissement sont moins intensives en certains lieux. Depuis le passage de Lothar dans les Préalpes, 22% des bois infestés n’ont pas été exploités ou ont été récoltés comme bois mort au cours des années suivantes seulement.

Sur le Plateau, par contre, seuls 5% des épicéas fraîchement infestés ont été laissés sur pied. Si ce taux est plus élevé dans les Préalpes, c’est souvent aussi en raison des mauvaises conditions de desserte, des récoltes plus coûteuses ou parce que les réserves forestières riches en épicéas y sont plus étendues que sur le Plateau. Dans les épicéas infestés maintenus sur pied, le typographe peut facilement se multiplier et la gradation de ses populations dure souvent plus longtemps dans les Préalpes que dans les régions où des mesures sont engagées.

Le typographe cause d’importantes pertes

Malgré les exploitations imposées par la tempête et les scolytes, les exploitations normales n’ont été réduites que momentanément dans les régions bien desservies. Sur le Plateau, même en faisant abstraction des chablis et du bois infesté, on exploita plus d’épicéas qu’il n’en pousse. Si l’on considère uniquement les exploitations planifiées, le volume d’épicéas vifs n’aurait pas diminué de 22%, mais d’environ 3% seulement.

Les tempêtes et les scolytes ont coûté très cher aux propriétaires forestiers du Plateau. Le typographe à lui seul est responsable d’un manque à gagner d’environ 30 francs par mètre cube de bois infesté, ce qui représente une perte d’au moins 100 millions de francs. Dans les Préalpes, la situation économique est plus difficile à évaluer, car les coupes normales sont déjà partiellement déficitaires. Ici, les propriétaires forestiers et la collectivité publique se sont partagé le coût des dommages. Bien que la Confédération et les cantons aient alloué plus de subventions que les autres années, les propriétaires forestiers n’ont pas seulement subi une perte de rendement, mais ils ont aussi souvent été privés de la totalité des revenus provenant de leur forêt.

Face aux nombreux peuplements arrivés à l’âge d’être exploités, il serait certainement judicieux de réduire le volume d’épicéas. Mais si les tempêtes et les scolytes continuent d’y contribuer de façon notable, cette réduction se poursuivra rapidement et l’offre en bois de cette essence pourrait, d’ici à deux décennies déjà, devenir lacunaire sur le Plateau. Cette éventualité soulève à nouveau la question de savoir si l’on doit et si l’on peut produire durablement du bois d’épicéa dans cette région et quel en est le volume tolérable pour les peuplements et l’environnement.

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