Le plan d’action décrit les exigences du Pic mar en matière d’habitat, donne des informations sur sa répartition et présente une stratégie ciblée de protection et de promotion. Dans le cadre de ce plan d'action, le service cantonal des forêts a recensé de 2008 à 2010 les individus de Pic mar dans le canton d’Argovie. Comme cette espèce est particulièrement liée à la présence de vieux chênes, les recensements se limitèrent aux régions forestières riches en cette essence d’arbre. Les résultats de la cartographie du Pic mar plaident en faveur de la protection des réserves forestières composées de chênaies.

Les résultats actuels des recensements du Pic mar sont réjouissants. Deux étudiantes de la Haute école spécialisée de Wädenswil ont choisi cette espèce comme sujet de travail de semestre et ont participé aux cartographies de 2009. Les résultats de cette étude sont présentés ci-dessous.

La dépendance aux chênes

Un "gvéak gvéak gvéak » plaintif retentit dès le printemps dans les chênaies ; c’est la parade amoureuse du Pic mar. Cette espèce est extrêmement fidèle à son habitat et, même en dehors de la période de couvaison, elle ne s’éloigne que dans un rayon de quelques kilomètres au maximum. Si la parade est couronnée de succès, les couples nidifient ensuite dans des cavités de bois vermoulu qu'ils creusent dans des troncs ou de grosses branches d’espèces de feuillus. La femelle pond entre quatre et sept œufs qu’elle couve pendant deux semaines. Avec ses 21 cm, le Pic mar est un peu plus grand que le Pic épeichette, mais plus petit et plus gracile que le Pic épeiche plus connu. Les mâles et les femelles ont un plumage quasi identique. Signe distinctif: la calotte rouge de leur tête qui s’étend jusqu’à la nuque.

L'alimentation du Pic mar se compose principalement d’insectes, de larves et de chenilles qu'il trouve dans de vieux feuillus à l’écorce crevassée. Contrairement au Pic épeiche ou au Pic noir, le Pic mar ne tambourine pas, mais sonde l’écorce des arbres avec son bec un peu moins développé, d’où son nom de pic fouineur. Les vieux chênes à l’écorce rugueuse lui offrent un véritable "Eldorado" alimentaire. La recherche de proies se différencie toutefois selon la saison : en été, il prélève avant tout les insectes sur les feuilles, tandis qu’en hiver il fouille l’écorce pour trouver ses proies. Parmi les essences indigènes, c’est le chêne qui offre la plus grande richesse en insectes, c’est pourquoi la présence du Pic mar est étroitement corrélée aux forêts de cette essence. La diminution des forêts riches en chênes – avant tout celles avec de grands et vieux chênes – a également entraîné une réduction des effectifs du Pic mar. Complètement à l’opposé, le Pic épeiche, ce "broyeur de bois polyvalent", est présent dans toutes les forêts, indépendamment des essences qui les composent.

A la recherche du pic grâce à une bande sonore

En dehors de la pariade et de la période de nourrissage, le Pic mar est un oiseau discret et timide, ce qui rend son recensement difficile. Pour le détecter, les ornithologues se servent d’une bande sonore qui reproduit le chant territorial du Pic mar, attirant ainsi ses congénères. Cette méthode est utilisée par des professionnels mandatés par le service des forêts du canton d’Argovie pour quadriller les forêts de chênes et les zones où cette espèce est présente. Entre février et avril 2009, des ornithologues ont sillonné les réserves de forêts de chênes officielles et potentielles, en particulier dans les zones situées près du Rhin aux environs de Rheinfelden et Coblence, ainsi que dans les régions de Frick, Schneisingen, Gebenstorf et bien d'autres encore. Plus de 4000 hectares de forêt ont ainsi été cartographiés comme des habitats potentiels pour le Pic mar au moyen d’une méthode standardisée comparable.

La procédure était toujours la même: s’arrêter tous les 200 mètres environ le long des routes forestières pour émettre le cri du Pic mar – d’abord deux fois le "kik kuk kuk kuk" et ensuite le "gvéak" plaintif. Entre les cris, les ornithologues devaient observer attentivement les environs, car bien souvent le pic, dérangé par ces appels étrangers, s’approchait sans forcément faire entendre son propre cri. Quand un "gvéak" retentissait, le diagnostic était clair: il s’agissait d’un pic mar. Son cri "kik kuk kuk kuk" et son aspect physique ressemblent beaucoup à ceux du Pic épeiche. Aussi, en cas de doute et pour éviter toutes confusions, seuls les pics véritablement repérés aux jumelles furent recensés.

Grâce à cette méthode, environ 100 couples nicheurs de Pic mar ont pu être dénombrés en Argovie au cours des recensements effectués en 2008 et 2009. Comme les forêts de chênes se trouvent principalement dans la partie nord du canton, c’est également là que le Pic mar est surtout présent. Deux régions riches en Pic mar ont pu être distinguées : l’une d’elle se trouve dans le secteur de Magden et Olsberg, tandis que l'autre se situe aux environs de Coblence. Trois à quatre territoires se trouvent à Windisch, Möhlin, Magden, Niederrohrdorf, Kaiseraugst, Rheinfelden et Siglistorf, et il existe également quelques territoires isolés dans d'autres communes (voir la carte dans l'article original).

Plus de gros chênes dans les territoires du Pic mar

Les résultats ont montré que dans les surfaces boisées avec présence de Pic mar, il y avait plus de chênes d’un diamètre à hauteur de poitrine supérieur à 40 cm que dans les surfaces où le Pic mar est absent. Une telle différence a également été constatée avec la quantité de bois mort présent dans la couronne des grands chênes : en effet, les territoires où le Pic mar est présent possèdent plus de bois mort dans les couronnes des arbres que dans les forêts où il est absent. Le bois pourri et en décomposition sur des chênes offrent non seulement de la nourriture au Pic mar, mais aussi des conditions idéales pour construire son nid à l’intérieur d’une cavité.

La promotion du chêne est d’actualité

Comme décrit dans la littérature et confirmé par les résultats du travail de semestre, l’habitat naturel du Pic mar est constitué de forêts riches en chênes d’âge avancé à vieux. Les changements dans l'exploitation des forêts ont gravement porté atteinte au Pic mar, qui s’est fait de plus en plus rare. Les monocultures d’épicéas et les jeunes forêts sans vieux bois en décomposition ne lui offrent plus la nourriture nécessaire. Mais heureusement, on dénombre aujourd'hui bien plus de pics mar en Argovie que ce que nous supposions jusqu’à maintenant. Malgré cela, leur population ne se limite qu'à quelques zones probablement très isolées, dont l’avenir reste par conséquent incertain. Grâce à la préservation des réserves de forêts de chênes dans le cadre du programme de protection de la nature en forêt, il est désormais possible de s’assurer que les plantations de jeunes chênes soient encouragées parallèlement à la préservation temporaire des vieux chênes. Cette mesure profitera à court et long terme au Pic mar, dont la présence à long terme ne sera néanmoins assurée que si l’on arrive à préserver, voire recréer, de grandes étendues de forêt avec le chêne comme essence dominante. Outre le Pic mar, une quarantaine d'autres espèces d’oiseaux, de nombreux petits mammifères et d’innombrables espèces d’insectes et de champignons bénéficieront également de cette protection.

L’existence d’un cadre général : le programme de protection de la nature en forêt

Une des priorités de la troisième étape du programme de protection de la nature en forêt (2008 à 2013) est la conservation des réserves de forêts de chênes en collaboration avec les propriétaires forestiers. Jusqu’en 2020, il est prévu de créer de telles réserves sur un total de 2500 hectares de forêt.

D’une part, il est prévu d’y installer de jeunes peuplements de chênes, et d’autre part, de conserver les vieux chênes jusqu’à ce que les jeunes soient suffisamment gros pour que le Pic mar puisse les utiliser pour rechercher sa nourriture.

L’objectif est de développer une économie durable du chêne en harmonisant sur le long terme conservation et exploitation. Des contrats d’une durée de 50 ans seront établis avec les propriétaires forestiers et le renoncement temporaire à l’exploitation de la forêt sera indemnisé. L’installation de jeunes forêts de chênes sera subventionnée à hauteur de 30 000 Frs / ha.

La cartographie du Pic mar a été effectuée en 2008, 2009 et 2010. Sa présence est un argument de poids en faveur de la création de réserves de forêts de chênes et il est prévu qu’un recensement périodique soit réalisé, afin de rendre compte du succès de telles réserves.