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Article(s)

Auteur(s): Beat Forster, Roland Engesser
Rédaction: WSL, Suisse
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Le dépérissement des hêtres après Lothar dans le Nord Vaudois

larve du bupreste vert
Fig. 1 - Une larve du bupreste vert (Agrilus viridis) dans sa galerie de nutrition.

Depuis l’été et l’automne 2002, le dépérissement des hêtres au stade de la futaie a été observé dans plusieurs peuplements au sud d’Yverdon-les-Bains, plus précisément dans la région de Corcelles, Bavois, Suchy, Biolay-Magnoux et Vuarrens. Des couronnes de ces arbres ont bruni prématurément et une partie d’entre elles ont même dépéri.

Dans cet article, les spécialistes Beat Forster et Roland Engesser reviennent sur ce phénomène. Ils proposent aussi, sinon les moyens de les prévenir totalement, du moins ceux d’en atténuer les conséquences.

Le tronc des arbres atteints présente souvent des taches noires consécutives à des écoulements de sève. Ce dépérissement touche fréquemment des hêtres restés sur pied dans les zones endommagées par Lothar ou autour de ces zones de chablis. Dans le triage de Suchy, il s’étend sur une surface de 16 hectares; plus de 1000 m 3 de bois atteints ont dû être martelés. Il est à présumer que le volume total de hêtres ainsi touchés dans le Nord Vaudois se chiffrera à plusieurs milliers de mètres cubes.

Les résultats d’une analyse

Des signes de dépérissement se constatent tant sur les branches que sur le tronc. Ils se caractérisent par un brunissement prématuré des feuilles et surtout par des suintements à la surface de l’écorce. Sous les taches noires formées par ces suintements, nous trouvons fréquemment des entrées de galeries creusées par des scolytes. L’examen du système de galeries a permis d’identifier les espèces suivantes:

bupreste vert adulte écorce perforée écorce infectée  
Fig. 2 - Un bupreste vert adulte (Agrilus viridis). Fig. 3 - L’écorce a été perforée par les trous de pénétration du petit scolyte du hêtre (Taphrorychus bicolor). Fig. 4 - Ici, l’écorce a été infectée par un champignon autour de l’entrée des couloirs de pénétration des scolytes xylophages.  

Le petit scolyte du hêtre (Taphrorychus bicolor) qui a foré des petits trous d’entrée et de sortie de 1 mm de large (fig. 3). Il a également creusé, sous l’écorce, des galeries de ponte aux formes irrégulières. T. bicolor est le scolyte le plus largement répandu sur ces hêtres. Des espèces de scolytes xylophages qui ont creusé des couloirs dans l’aubier; il s’agit probablement de Trypodendron domesticum et T. signatum (ils sont moins fréquents ici).

Autour des couloirs de pénétration des scolytes, l’écorce a bruni (fig. 4). Cela signifie que ces arbres ont probablement aussi été infectés par des champignons. En effet, de petites fructifications rouges appartenant à Nectria coccinea (fig. 5) et à d’autres champignons ont été décelées sur quelques troncs. Par ailleurs, le Schizophyllum commun (Schizophyllum commune), une pourriture blanche secondaire, a été assez souvent identifié sur des troncs desséchés.

En outre, nous avons observé de fréquentes colonisations du bupreste vert (Agrilus viridis), (fig. 1 et 2) dont les larves sont en train de forer, sous l’écorce, des galeries de nutrition sinueuses d’une largeur allant jusqu’à 3 mm. Cela se remarque notamment sur les troncs et les branches desséchés d’où les premiers insectes adultes se sont envolés durant la période de végétation 2002 déjà (trous de sortie de forme ovale irrégulière d’un diamètre d’environ 3 mm).

fructifications du champignon
Fig. 5 - Fructifications rouges du champignon Nectria coccinea.
 
peu perméable sol
Fig. 6 - L’eau s’est accumulée dans le trou créé par le soulèvement de la souche. Ici, le sol est peu perméable.
 
Toutes les photos: WSL Birmensdorf

Il est également possible que ces écoulements de sève ne soient pas dus aux insectes mais à des dysfonctionnements du système racinaire.

Différents facteurs peuvent en être la cause primaire:

  • endommagement des racines fines après la tempête
  • modification du régime hydrique dans le sol si des arbres renversés par le vent n’évaporent plus d’eau
  • compactage du sol provoqué lors de la récolte des chablis

Des causes diverses en discussion

Dans le cas présent, les hêtres touchés par Lothar (fig. 6) se trouvent tous dans une région au relief relativement plat et au sol lourd. Leur endommagement est attribué aux conséquences directes et indirectes de cette tempête. Depuis lors, il arrive souvent qu’après des pluies abondantes de l’eau stagne dans le système racinaire. Les hêtres supportent difficilement cet excès d’humidité. Par ailleurs, le régime hydrique s’est modifié dans les endroits où des arbres ont été renversés. Ici, de plus grandes quantités d’eau parviennent au sol et elle s’évapore moins rapidement car les arbres font défaut. Sur les sols compactés, elle s’infiltre aussi plus difficilement.

Malgré toutes les précautions prises lors de la récole des bois, il n’est pas toujours possible d’éviter un compactage passager du sol. En outre, il est vraisemblable que, suite à des vents forts, les arbres malades aient aussi subi les conséquences tardives de l’endommagement du système des racines fines. Les hêtres affaiblis par ces conditions défavorables sont généralement infectés par des champignons corticoles du genre Nectria et autres. Mais ils peuvent encore être colonisés par plusieurs espèces de coléoptères, comme nous venons de le voir.

Une telle pullulation du bupreste vert dans des hêtres sur pied n’a jamais été constatée depuis cinquante ans. Mais toutes ces influences biotiques ont un caractère très secondaire. Les conditions favorables à cette prolifération n’ont été créées que par l’affaiblissement du système racinaire des hêtres imputable aux conséquences de Lothar.

Cette situation rappelle les dommages causés à des hêtres en Belgique et dans les Ardennes où des insectes secondaires et des maladies fongiques s’étaient répandus, il y deux ans. Dans ce cas, ces fortes pullulations étaient principalement l’œuvre de scolytes xylophages. On suppose qu’elles ont été déclenchées par un gel précoce en novembre 1998, lorsque les températures ont subitement chuté à moins quinze degrés. Des dégâts étendus et des exploitations forcées s’en sont suivies.

En Suisse aussi, si l’on veut éviter une rapide dépréciation du bois, il faudrait éliminer au plus tôt les hêtres malades, avant que des pourritures ne se répandent dans le tronc. Il est parfaitement possible qu’en 2003 d’autres hêtres dépérissent également dans des stations aux conditions comparables. Par contre, nous estimons moins vraisemblable une expansion des dommages dans des stations peu enclines à l’hydromorphie ou dans des peuplements intacts.


  • Adaptation: Monique Dousse (WSL)

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