| Informations sur le document | ||
| Auteur(s): | Reinhard Lässig, Stanislaw Motschalow | |
| Article original: | Lässig, R.; Motschalow, S. (1997): Auswirkungen der Klimaerwärmung in Sibirien. Wald- und Steppengebiete verschieben sich nach Norden. - Neue Zür. Ztg. 287: 65. | |
| Version en ligne: | Statut: 27.02.2006 | |
| Rédaction: | WSL, CH | |
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Effets du changement climatique en Sibérie
Les zones de forêt et de steppe se déplacent vers le nord
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Conséquence du réchauffement du climat : la
limite forestière septentrionale se déplace vers le nord. Photo : R. Lässig (WSL) |
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Les images satellites montrent d'ores et déjà
une augmentation de la fréquence et de la surface des incendies de forêt. Photo : A. Kozak |
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Le dégel du pergélisol entraîne des émissions
de méthane, gaz à effet de serre. Photo : R. Lässig (WSL) |
Depuis la fin du XIXème siècle, la température moyenne annuelle en Sibérie a augmenté d'environ 1 à 2 degrés. Ce climat plus clément a allongé la saison d'été, favorable à la croissance des plantes.
Sur la base des changements climatiques observés actuellement et prévus, plusieurs équipes de recherche s'attendent à une augmentation de la production et du stockage de la biomasse végétale en Sibérie au cours des prochaines décennies. Parallèlement, il est vraisemblable que la plupart des zones de végétation, en particulier la limite forestière septentrionale, se déplacent vers le nord.
Un climat plus chaud il y a 5000 ans
La composition en espèces de la forêt sibérienne a évolué au cours des derniers millénaires dans des proportions connues grâce aux analyses polliniques. Il y a 4600 à 6000 ans, les températures moyennes annuelles dans le nord de la Sibérie étaient supérieures de 2 à 5 degrés aux températures actuelles. Les précipitations étaient plus abondantes qu'aujourd'hui d'environ 100 à 200 mm, soit 20 à 30 pour cent. En raison de ces conditions climatiques, la limite forestière s'étendait alors plus au nord qu'actuellement.
La reconstitution de la composition en espèces et de la répartition des espèces à ces époques plus chaudes nous permet d'estimer l'évolution de la forêt sibérienne. Si le réchauffement des cent dernières années se poursuit au même rythme, voire s'accélère, la forêt sibérienne ressemblera dans un avenir proche à ce qu'elle était il y a plus de 4600 ans. Les forêts continentales seraient ainsi dominées par des épicéas de Sibérie, sapins de Sibérie et pins de Sibérie, et non plus par des mélèzes.
Selon les chercheurs russes, les changements climatiques devraient également entraîner un déplacement vers le nord de la steppe sud-sibérienne. Les modèles climatiques prévoient un doublement, voire un triplement de la surface occupée par la steppe, essentiellement parce qu'aucune augmentation significative des précipitations n'est attendue pour cette région. La poursuite de l'extension de la steppe pourrait toutefois également avoir des conséquences pour les habitants. Les zones qui seront soumises à la sécheresse sont en effet fortement peuplées, et le tissu économique y est dense. Les changements climatiques contraindraient les zones urbanisées et les voies de communication à se déplacer vers des régions encore relativement enclavées. En outre, de nombreuses régions de production de blé, de betterave, de pomme de terre ou de maïs pourraient souffrir d'une sécheresse en augmentation, et de nouvelles zones de production devraient être créées.
Le réchauffement des températures modifie la couverture végétale de deux manières : directement, en favorisant la croissance et la prédominance de certaines espèces, et indirectement, en réduisant progressivement les intervalles entre les incendies de forêt. L'analyse d'images satellites récentes de Sibérie orientale révèle en effet que les incendies de forêt sont de plus en plus fréquents et qu'ils touchent des surfaces de plus en plus étendues. Leur impact ne se limite pas aux émissions de fumée dans l'atmosphère, le feu menace ou détruit également des villages et villes en périphérie des forêts. Les chercheurs américains et russes estiment que, si les quantités de précipitations restent constantes, des étés plus longs et plus chauds entraîneront l'augmentation de la fréquence des incendies.
Quant aux pergélisols du nord et de l'est de la Sibérie, qui ne dégèlent superficiellement qu'en été, ils seront également modifiés fortement par le réchauffement. Ces sols, gelés jusqu'à de grandes profondeurs, et qui se sont formés à des époques de réchauffement anciennes, vont littéralement s'éveiller à une vie nouvelle. La limite méridionale de leur présence devrait, comme celle des forêts, se déplacer vers le nord. Il est prévisible qu'après le dégel les pergélisols soient colonisés par des bactéries et autres organismes microscopiques. Ceux-ci mettent en œuvre des processus chimiques de décomposition qui libèrent notamment de grandes quantités de méthane, gaz à effet de serre bien connu. Les chercheurs estimaient jusqu'alors que le méthane, gaz très volatil, n'était produit en grandes quantités par les bactéries qu'à partir d'une température de 15 degrés C. Des recherches récentes ont cependant mis en évidence des émissions de méthane dès 6 degrés C. Une équipe de scientifiques de Saint Petersbourg ont montré que le méthane produit dans des zones marécageuses n'était pas fixé assez rapidement dans le sol et qu'il était libéré dans l'atmosphère.
Un projet international pour le fleuve Ienissei
Les perspectives présentées ici ne sont que quelques exemples des changements climatiques et écologiques qui affecteront probablement la Sibérie dans les siècles à venir. De nombreuses questions restent encore sans réponse, notamment parce que les chercheurs russes et occidentaux ne peuvent collaborer sans entraves que depuis récemment. C'est pourquoi un projet de recherche a été lancé sur les rives du fleuve Ienisseï dans le cadre du Programme International pour la Géosphère et la Biosphère (IGBP). Cinq placettes permanentes d'observation dans la région du Ienisseï, entre l'Océan Arctique et les Monts Sayan serviront de plate-forme de recherche pour les scientifiques russes et de vitrine à l'intention de leurs collègues occidentaux. Ce transect en Sibérie centrale sera ainsi étudié en relation avec d'autres projets similaires coordonnés par l'IGBP en Sibérie orientale, en Alaska, au Canada et en Scandinavie.
Traduction : Michèle Kaennel Dobbertin (WSL)
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Contact
Reinhard Lässig
Institut fédéral de recherches WSL
Communication et relations publiques
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