Utilisations traditionnelles de la forêt en Suisse
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Fig.
1 -
Façonnage des branches. Source: Brockmann-Jerosch 1929, Schweizer Volksleben,
I, Fig. 58.
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Fig.
2 -
Berger dans un pâturage jurassien vaudois.
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Fig. 3 -
Transport de feuillage utilisé comme fourrage, Sta
Maria (GR) 1946
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Fig. 4 - Une mère et ses enfants posent devant les sacs qu’ils
ont remplis de feuilles mortes, Flums (SG). Institut suisse des traditions populaires, Bâle
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Fig. 5 - Ramassage de feuilles mortes à
Betlis SG: toute la commune ramasse des feuilles de hêtre pour en garnir les
sommiers (Betlis SG) Source: Brockmann-Jerosch, 1929,
Schweizer Volksleben, I, Fig. 43
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Fig. 6 - La lessive à la cendre de bois est filtrée dans un
linge avant d’être utilisée (Hinterrhein GR)
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Fig. 7 - Ecorces destinées aux tanneurs, Amden (SG)
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Fig. 8 - Récolte de résine dans les pâturages boisés, Malleray
(BE) 1901. Source: Journal forestier suisse (1912)
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Fig. 9 - Clôture en croisillons, Teufenthal bei Thun (BE)
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L’utilisation de la forêt en Suisse a changé
radicalement au cours des 200 dernières années. Autour de 1800, le pâturage en
forêt, l’agroforesterie, la collecte de fourrage, de litière ou d’autres
produits destinés à l’usage domestique ou artisanal – lessive à la cendre de
bois, baies, le tan pour la
préparation des cuirs, la sève et les plantes sauvages – étaient dans
bien des régions aussi précieux que l’utilisation de la forêt pour son bois.
Dans le courant du XIXème siècle, la production de
bois a gagné en importance, pendant que les autres formes traditionnelles
d’utilisation déclinaient, voire disparaissaient localement. Au XXème siècle,
la société des loisirs a redécouvert la forêt en tant que lieu de détente et
d’activités sportives. Dans le même temps, les milieux de la protection de la
nature formulaient de plus en plus clairement leur conception de la valeur
écologique de la forêt. Les anciennes formes d’utilisation de la forêt
tombèrent dans l’oubli malgré leur grand intérêt d’un point de vue historique,
culturel et écologique.
Dans le cadre d’un projet de l’Institut fédéral de
recherches WSL, financé par la Fondation Bristol, des historiens ont recueilli
les témoignages de personnes âgées dans cinq régions (Gstaad-Saanenland, vallée
de Viège, Fankhausgraben, vallée de Schächen et Prättigau). Ces interviews filmées
ont permis de collecter leur savoir et leurs souvenirs quant aux utilisations
traditionnelles de la forêt telles qu’ils les ont vécues. En outre, une vaste étude
bibliographique a fait le point des connaissances sur l’évolution de ces formes
d’utilisation en Suisse au XIXème et au début du XXème siècle. Cette étude
révèle une grande diversité d’utilisations ainsi que des différences régionales
très marquées. Les principales conclusions sont résumées ci-dessous.
Utilisations traditionnelles
Le bois en tant que matière première, matériau de
construction et de chauffage a joué un rôle essentiel bien au-delà du début
du XXème siècle (Fig. 1). La forêt n’était toutefois pas seulement vouée à
l’abattage d’arbres. Il était bien davantage un pâturage, un lieu qui
fournissait aux hommes et aux bêtes de quoi se nourrir, de la litière pour le
bétail et des matières premières pour l’artisanat et l’économie domestique.
Fourrage
- Pâturage
en forêt: Le
sylvopastoralisme était la règle dans toute la Suisse jusque vers la fin
du XVIIIème siècle. En bien des endroits, la valeur économique des forêts
résidait moins dans la production de bois que dans le pâturage, en
particulier pour l’engraissage des porcs, qui fut longtemps presque
exclusivement cantonné en forêt. Le pacage des chèvres et des moutons se
maintint encore davantage. Sur le Plateau, les pauvres et les sans-terre
menèrent leur petit bétail en forêt jusqu’à la fin du XIXème siècle. Dans
les Alpes et dans le Jura, la présence de chèvres et de moutons en forêt
fut même répandue jusqu’au milieu du XXème siècle (Fig. 2).
- Foin
et fourrage: Outre le
pacage, la forêt nourrissait le bétail sous deux autres formes: d’une
part, la végétation herbacée était fauchée dans les clairières en guise de
foin. D’autre part, l’émondage traditionnel permettait de récolter du
feuillage qui était ensuite transporté dans les étables (Fig. 3).
Litière
- Feuilles
et aiguilles: Celles-ci
furent largement utilisées en guise de litière pour le bétail (Fig. 4).
Dans son manuel "L’instituteur en forêt", Kasthofer posait en
1828 au nom de la population alpine la question rhétorique
suivante: "... où
voulez-vous que nous trouvions de la paille pour épandre dans nos étables
et pour fumer nos prairies et nos pâturages, si nous ne pouvons pas
ratisser les feuilles mortes en forêt? Nous autres gens de la
montagne, ici où les hivers sont si longs, ne pouvons guère cultiver des
céréales. Nous n’avons donc pas de paille pour nos bêtes et à peine assez
pour notre propre lit." L’utilisation
de la litière était si répandue que Kasthofer ne connaissait pas une seule
hêtraie dans l’Oberland bernois "qui
n’ait été débarrassée d’un bout à l’autre de toutes ses feuilles mortes."
Cette pratique se poursuivit jusqu’au XXème siècle, et ce n’est que
l’arrivée du chemin de fer qui permit de généraliser l’utilisation et le
transport de paille, et donc de se passer de la litière forestière.
- Litière: Les feuilles mortes n’étaient pas seulement
destinées au bétail: en particulier les plus démunis dormaient
encore bien après le début du XXème siècle sur des matelas rembourrés de
feuilles et d’aiguilles (Fig. 5).
Sustances tirées du bois
- Cendres: Le linge était lavé avec une lessive
fabriquée à partir des cendres de bois de cheminée (Fig. 6)
- Tan: Les écorces de chêne et d’épicéa étaient
utilisé pour tanner le cuir (Fig. 7).
- Sève: La consistance collante et épaisse de la sève,
son inflammabilité et son arôme intensif en font depuis longtemps un
produit naturel très apprécié (Fig. 8). Autrefois principalement récoltée
sur les pins, les mélèzes, les épicéas et les arolles, elle était
indispensable à certains corps de métier: les tonneliers
l’utilisaient pour calfater les fûts, les tanneurs pour le traitement des
cuirs, ou les cordonniers pour enduire les fils de lin. Le soir, des
bâtons enduits de résine éclairaient les foyers. La résine était aussi
utilisée pour allumer le feu, jointer des planches, traiter les blessures d’arbres
fruitiers, ou, mélangée à du suif, comme cirage. En raison de ses
propriétés antiseptiques, elle faisait également partie de l’arsenal thérapeutique
populaire pour produire d’innombrables pommades, onguents et cataplasmes.
Les mains gercées et les blessures au pied du bétail étaient soignées avec
de l’huile de résine, que l’on extrayait par cuisson des racines de pins
sylvestres. Lorsqu’un paysan tuait le cochon, on diluait de la résine dans
l’eau de lessivage pour faciliter l’arrachage des soies.
Combustible
- Cônes
de sapin: Les
cônes étaient ramassés pour allumer le feu.
Matière première
- Bardeaux: Dans de nombreuses régions, les toits
étaient traditionnellement couverts de bardeaux en bois.
- Clôtures: La construction de clôtures souvent très
artistement composées était autrefois grosse consommatrice de bois (Fig.
9).
- Artisanat: De nombreux outils et objets de la vie
quotidienne – par exemple des corbeilles – étaient autrefois en bois.
Sauf mention
contraire, les photos présentées ici ont été aimablement mises à notre
disposition par les archives de la Société Suisse des Traditions Populaires
(SSTP) à Bâle.
Cliquez sur les photos pour les agrandir.
Documentaires
et livre
Six films documentaires présentent les principales
formes traditionnelles d’utilisation de la forêt:
- Pâturage en forêt
- Utilisation des feuilles et des aiguilles
- Ramassage de baies, de champignons et de plantes
sauvages
- Lessive à la cendre de bois
- Produits dérivés de la résine
- Utilisation des rameaux, branches et troncs
Les interviews des personnes âgées ainsi que les
films et photographies d’époque témoignent de la diversité des formes
traditionnelles d’utilisation des forêts suisses.
Traduction: Michèle Kaennel Dobbertin (WSL)
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"Hüeterbueb und Heitisträhl". Formes traditionnelles
d’utilisation des forêts suisses. Film
documentaire de Rahel Grunder
Format 16:9, durée 77 minutes. V.O. en dialecte alémanique, sous-titrage en
allemand et anglais
"Hüeterbueb und Heitisträhl". Formes traditionnelles d’utilisation
des forêts suisses 1800-2000. Martin Stuber; Matthias Bürgi, 2011. Publications
de la fondation Bristol, vol. 30. Haupt, Berne. En allemand
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Le documentaire "Hüeterbueb und
Heitisträhl" et le film "Von Menschen, Bäumen und Werkzeugen",
tous deux élaborés en collaboration avec le WSL, peuvent être visionnés dans le
cadre d’une exposition permanente dans la maison forestière au Musée de
l’habitat rural Ballenberg.
Liens externes